Communication sur les masques transparents

19 octobre 2020

Beaucoup d’entre vous commencent à se demander ce qu’il en est des masques transparents promis par la ministre Wallonne, Christie MORREALE.

Il est évident qu’en cette période de crise, il devient plus qu’urgent de pouvoir fournir des masques transparents non seulement aux personnes sourdes, mais aussi aux personnes en contact avec elles (le personnel hospitalier qui traite des patients sourds et malentendants atteints du COVID, les institutions d’hébergement spécifique pour personnes sourdes, les proches, …) La FFSB a plusieurs fois interpellé les autorités pour savoir si le développement de tels masques et si une production avaient été entrepris, et ce, depuis le début de la crise sanitaire.

La COCOF a été la première à développer une ligne de production.  Malgré le positif de l’initiative, ces masques se sont avérés totalement inadaptés : fenêtre opaque et qui colle à la bouche lorsque l’on parle. Avertis par ces inconvénients, la COCOF nous a chargés de trouver un modèle plus adéquat. La FFSB n’a malheureusement pas les compétences technologiques ni humaines et financières pour développer un tel masque. Nous ne pouvons toutefois pas accepter que des masques non-conformes aux normes de sécurité et inadéquats soient distribués. Quant à la distribution, elle reste soit trop limitée, soit trop chère, le prix des masques transparents disponibles restant encore trop peu démocratique.

Parallèlement, nous nous sommes renseignés sur les différentes initiatives européennes pour connaître l’évolution dans les autres pays.  Ils rencontrent également les mêmes types de problèmes, tandis que certaines sociétés privées développent des prototypes.  (Voir ces articles : https://bit.ly/2HiqxrF)

Actuellement, la FFSB invite, d’une part, l’AVIQ à une action plus coordonnée afin de voir ouverte une ligne de production de masques adaptés et efficaces accessible à toute structure qui en fait la demande, et d’autre part, insiste sur l’importance d’avoir, de manière complémentaire, une plus grande accessibilité aux services d’interprétation à distance qui permettent aux personnes sourdes et malentendantes isolées chez elles d’entrer plus facilement en contact avec les services de santé, les administrations, leurs employeurs etc.

Voir toute l’expression du visage, c’est important pour la communication

Communication du 27 mai 2020

Voici une petite précision sur notre démarche autour des masques transparents. Nous avons porté cette revendication parce que toute personne sourde, quel que soit son profil, se sent doublement angoissée par l’omniprésence des masques.

Les personnes sourdes oralistes ne peuvent, certes, bien entendu pas lire sur les lèvres. Toutefois, les personnes sourdes signantes ont aussi besoin de voir les expressions du visage des personnes. En cas de difficulté de communication, lorsqu’elle survient, la première chose la plus importante sur laquelle va se reposer une personne sourde pour se situer par rapport à son interlocuteur, c’est l’expression de son visage. Celle-ci va transmettre ses intentions, son attitude, qu’elle soit désagréable ou ouverte et souriante et la personne sourde saura à qui elle a affaire.

Les personnes qui sont devenues sourdes, elles, ne sont pas toujours clairement à l’aise avec la lecture labiale non plus mais elles intègrent inconsciemment les expressions du visage pour récupérer du sens au message qu’elles tentent de comprendre.

C’est pour cette raison que nous avons pris le parti de se mobiliser pour les masques transparents maintenant. A l’heure actuelle, nous n’avons aucune idée de la durée de cette mesure qui est née avec le contexte de covid-19. Les masques pourraient tout aussi bien progressivement disparaître au bout de quelques temps tout comme rester pendant de longues années encore, un réflexe de protection pour chacun dans l’espace public.

Il nous semblait donc important de sensibiliser rapidement le monde entier à l’invisibilité et aux besoins des personnes sourdes et malentendantes afin qu’il prenne le réflexe de s’adapter.

Suite à cela, certaines « voix » de personnes sourdes se sont aussi élevées pour souligner l’importance de continuer à promouvoir la langue des signes comme moyen de communication. D’autres ont également remis en question la confection de certains masques transparents qui ne permettent toujours pas une pleine visibilité des expressions du visage.

La langue des signes est un moyen de communication primordial, et au même titre que tous les autres moyens de communication utiles aux personnes sourdes, elle doit encore et toujours être promue et défendue. Nous devons tous continuer à informer et sensibiliser le public sur son importance. S’adapter aux personnes sourdes, c’est utiliser une langue des signes, oraliser parfois, écrire, mimer, cela dépend du public de personnes sourdes auquel on est face.

Au cours de notre communication médiatique, une partie seulement des journalistes ont mentionné l’importance des masques transparents pour la communication en langue des signes. Hélas, la plupart n’ont parlé que de la lecture labiale, et ce alors que nous avons systématiquement communiqué sur tous les profils de personnes sourdes. Nous regrettons ce filtrage de l’information car tout le monde doit être pris en compte et l’intérêt des masques transparents n’est pas seulement celui de la lecture labiale.

La qualité de confection des masques transparents elle, est nouvelle et doit encore faire l’objet de recherches et d’améliorations progressives au fil du temps. A titre d’exemple, une société suisse a tiré profit de la technologie et trouvé un moyen de réaliser des masques entièrement transparents.

Il ne faut pas oublier non plus que ces masques transparents ne profitent pas seulement aux personnes sourdes mais à l’humanité toute entière. Tous les êtres humains ont besoin de voir les expressions du visage de leurs semblables. Il nous semble crucial que nous continuions à attirer l’attention sur ce besoin élémentaire pour tous ainsi qu’à promouvoir la langue des signes et tout moyen de communication adapté aux personnes sourdes.


Des masques transparents pour les personnes sourdes et malentendantes ?

Commmuniqué de presse du 22 avril 2020

Avec un masque ordinaire « fermé », les personnes sourdes et malentendantes ne savent plus lire sur les lèvres ni voir les expressions du visage de la personne avec qui elles communiquent en langue des signes.

Cela ajoute, pour ces personnes, une difficulté supplémentaire à une communication déjà rendue difficile du fait de la surdité. En milieu de soin cela risque de provoquer des problèmes à l’étape du diagnostic ou lors des soins ou, si les masques et autres moyens de protection sont abandonnés, d’entrainer un risque accru de contamination.

Alors, faut-il utiliser des masques transparents ? La Fédération Francophone des Sourds de Belgique affirme que c’est une bonne idée, cependant, elle invite aussi à la prudence et donne quelques astuces pour se protéger autrement.

Avec une personne sourde, la communication se fait soit en langue des signes, soit oralement, soit par écrit.

En langue des signes, si ce sont surtout les mains qui bougent que l’on remarque, les expressions du visage ont aussi du sens et donnent de l’information. Voir une personne signer sans voir ses expressions, c’est comme entendre une phrase à laquelle il manque des lettres, des mots ou des syllabes.

Communiquer oralement, pour une personne sourde ou malentendante, c’est aussi et surtout lire sur les lèvres. Sans la lecture sur les lèvres, la compréhension orale devient très difficile, si pas impossible. Un masque « fermé » prive donc ces personnes d’un support visuel extrêmement précieux.

Passer par l’écrit peut être une solution mais beaucoup de personnes sourdes ne sont pas à l’aise avec le français. Toutefois, une autre partie peut lire et écrire. L’écrit peut être une solution au problème des masques « fermés » mais avec ses limites.

Pas encore de masques chirurgicaux transparents en Belgique

Hélas, il n’existe pas encore, en Belgique, de masque transparent qui répond aux normes de protection d’un masque chirurgical, et encore moins d’un masque FFP2.

Concevoir un tel masque, pour qu’il réponde aux normes, est un défi technique. Le masque doit comporter une ouverture transparente qui permet de lire sur les lèvres, être assez étanche pour éviter la projection de gouttelettes et doit être muni d’un dispositif anti-buée. Il doit aussi éviter la rétention d’eau pour éviter que la personne ne se touche le visage en étant gênée.

Aux Etats-Unis, une société est parvenue à développer un masque chirurgical répondant à la norme ASMT Level 1 : https://safenclear.com/  Celui-ci a été développé pour la communication avec des personnes sourdes et malentendantes et est également utilisé auprès de jeunes enfants ou d’autres patients ayant besoin d’être rassurés sur les intentions du personnel soignant ou des autres personnes.

Idéalement, toute personne étant susceptible d’entrer en contact avec une personne sourde devrait pouvoir disposer d’un masque transparent aux normes attendues.

Ainsi, même si, actuellement, des solutions sont en cours de bricolage, nous souhaitons que les entreprises belges qui fabriquent des masques développent également des masques transparents chirurgicaux surtout, et, au mieux, également de type FFP2, et qui soient aux normes, tant pour le court que le long terme. En effet, chaque hôpital ou milieu médicalisé devrait disposer d’une réserve suffisante de ce type de masques pour l’accueil de patients sourds et malentendants, ainsi que pour rassurer le public le plus fragilisé (personnes angoissées de ne pas voir le visage du soignant par exemple). Les milieux d’accueil du public sourd et malentendant comme les crèches, les écoles, les résidences pour personnes âgées ou avec handicaps associés, les associations, les services d’accompagnement et sociaux, ou encore les administrations et entreprises qui travaillent avec ces personnes, ont besoin de ce type de masques.

Aujourd’hui, ce qu’il faut faire dépend de la situation.

A priori, pas de contamination au COVID-19 :
les masques cousus « maison » et les visières transparentes.

 Dans ce contexte de pénurie mondiale de masque, les masques cousus maison sont parfois la seule possibilité de s’en procurer. On peut envisager d’en fabriquer des transparents s’ils servent seulement à prévenir, « faute de mieux », la contamination d’une personne à l’autre, dans la vie quotidienne, en déplacement, en faisant ses courses, en situation où la distanciation sociale ne peut pas être respectée ou en complément de celle-ci.

Nous recherchons activement un bon tutoriel sur lesquels les personnes qui souhaitent en fabriquer puissent se baser.

En voici déjà un exemple :  Une étudiante fabrique des masques pour sourds et malentendants 

Toutefois, il faut faire attention à :

  • Privilégier des matériaux qui peuvent être stérilisés.
  • Se toucher le visage le moins possible en cas de rétention d’humidité.

On peut également, dans certains cas, adopter une visière transparente plutôt qu’un masque. Elle serait alors suffisante et n’obligerait pas à porter en dessous un masque en tissu.

A Liège, Procutlaser, une société spécialisée dans le découpage du plexiglas vient de commencer une production de visières (taille enfants et adultes) et d’écrans de protection.

Contamination au COVID-19 suspectée ou certaine : les masques chirurgicaux et les masques FFP2.

 
A chaque fois qu’il y a des chances très élevées de contamination : à la maison quand une personne est atteinte, en maison de repos ou de résidence où il y a des personnes sourdes ou malentendantes, ou encore à l’hôpital, il ne faut pas recourir à des masques « faits maison » transparents car ils sont très probablement trop éloignés des normes de protection jugées satisfaisantes. Il faut adopter des masques fermés les mieux conçus que possible.

Cependant, voici quelques astuces pour pouvoir quand même communiquer avec une personne sourde ou malentendante, à utiliser en tenant toujours compte de la situation et du type de communication (langue des signes, oral ou écrit) :

    • Mettre un masque fermé et quand même et signer de la façon la plus claire que possible en exagérant les expressions du visage pour qu’elles se voient mieux au niveau des yeux.
    • Mimer et inviter la personne à imiter une action. Les kinésithérapeutes, par exemple, peuvent montrer le mouvement à faire.
    • Communiquer au travers d’une vitre ou d’un plexiglas. Si une longue explication doit être donnée et interprétée en langue des signes (cas d’un patient sourd contaminé par exemple), on peut envisager de déplacer temporairement ou de façon permanente la personne contaminée auprès de l’écran qui sert de « rempart ».
    • Si on le peut, utiliser un smartphone et un logiciel de reconnaissance vocale qui va transcrire ce qui est dit. Il en existe plusieurs et il faut les tester car aucun ne fonctionne de façon tout à fait optimale. Attention toutefois à la contamination croisée et chacun doit idéalement avoir le sien.
    • Munir chacun d’un bloc de feuilles et d’un bic et communiquer par écrit en se montrant ce qu’on a écrit.
    • Recourir à l’interprétation langue des signes de Belgique francophone – français à distance, par le biais de Relais-Signes www.relais-signes.be dans certaines situations.

Voir aussi :

VIDÉO. «Le port du masque est angoissant» : la crise du Covid-19 bouleverse le quotidien des personnes sourdes

Covid-19: pas facile quand on est sourd !

 

Communiqué de la FFSB sur le contexte du coronavirus

27 mars 2020

Nous voilà à une semaine de plus dans ce contexte de coronavirus. Voici quelques informations importantes de plus !

Les conférences de presse du SPF Santé se tiennent et sont interprétées tous les jours à 11H00, sauf le dimanche. Il arrive qu’elles soient décalées d’une heure. En plus de cela, le Conseil National de Sécurité se réunit d’une à deux fois par semaine, parfois plus ou moins, pour échanger sur les mesures à prendre et s’ensuit une annonce. Elle est également interprétée.

Nous devons ces interprétations à la formidable collaboration entre les équipes d’interprètes de MU-SK et de Cosens, ainsi que des interprètes flamands. Celles-ci mobilisent des interprètes sourds et des interprètes entendants que nous devons chaudement féliciter pour leur travail. Il est très difficile car ils doivent résister au stress et à la pression de devoir interpréter le plus fidèlement possible ainsi qu’être très actifs et disponibles.

Nous avons aussi pu constater que les diffusions de ces conférences de presse à la télévision étaient parfois assorties d’une occultation, soit par un bandeau graphique, soit par une personne, de l’interprétation en langues des signes. Le règlement relatif à l’accessibilité des Services de Médias Audiovisuels du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) stipule pourtant que lorsqu’une émission est interprétée et diffusée à la télévision, l’interprétation ne peut ni être enlevée ni occultée. L’interprétation de l’émission doit rester visible. Dès lors, dès que vous constatez que celle-ci est cachée, vous pouvez porter plainte au CSA.
( https://www.csa.be/a-votre-service/porter-plainte/ )

Le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel est très attentif aux conditions d’accessibilité des médias et hier, il a fait un communiqué qui invite à une vigilance toute particulière pour les personnes en situation de handicap sensoriel en cette période d’informations sur le coronavirus. Nous sommes ravis de leur démarche et nous poursuivons notre collaboration avec eux sur ces questions.

Nous souhaitons aussi féliciter le Relais-Signes qui a réorganisé ses équipes. L’interprétation des réunions a été diminuée pour donner la priorité aux interprétations médicales et à l’augmentation du personnel disponible pour l’interprétation à distance. Davantage d’interprètes sont là pour passer les appels téléphoniques et les heures d’ouverture du service ont été étendues, et ce afin de limiter la longueur des files d’attente. Le Relais-Signes a aussi entrepris des démarches auprès du SPF Santé afin que le numéro spécial d’information sur le coronavirus puisse être joint en passant par le Relais-Signes. Cette solution permet aux personnes sourdes d’y avoir accès par le biais d’une interprétation en langue des signes.  ( plus d'infos:  https://youtu.be/q-6U56U6uZc )

En outre, au sein de la FFSB nous sommes actuellement mobilisés pour mettre sur pied une permanence d’écoute en visiophonie et en langue des signes à l’instar de celle qui a été mise en place par téléphone pour le public entendant. En cette période, des personnes sourdes sont angoissées et elles peuvent avoir besoin de disposer d’un soutien psychologique ou, a minima, d’une écoute par quelqu’un.  Nous espérons que ce projet aboutira sur quelque chose d’opérationnel d’ici une semaine, une semaine et demi. Nous mettons néanmoins tout en œuvre.

Nous avons aussi été informés que des associations actives par/pour les personnes sourdes éprouvent des difficultés en cette période.

Nous tenons à souligner la formidable mobilisation de l’équipe de la Bastide, lieu de résidence de soins et de repos pour personnes sourdes qui se trouvent confinées et ce, en ayant parfois des problèmes de santé qui les rendent plus vulnérables. La Bastide a soulevé des montagnes cette semaine pour leur offrir une protection suffisante ainsi qu’au personnel sourd et entendant qui prend soin d’eux. Des solutions positives sont en voie d’être trouvées. Bravo à eux.

Nous avons aussi été interpellés par des associations qui effectuent habituellement des sensibilisations à la surdité et dont les rentrées financières sont indispensables pour assurer la viabilité de l’organisation. Les obligations de fermetures diverses les mettent à mal et celles-ci ont été contraintes de mettre leur personnel sourd et entendant en chômage économique. Dans un plus proche avenir, leur sécurité financière n’est pas assurée et nous devrons, tous ensemble, y être particulièrement vigilants.

Nos pensées vont aussi aux associations qui ne profitent pas d’une reconnaissance structurelle pour assurer leur viabilité et qui sont aussi très fragilisées dans ce contexte. Pour le moment nous n’avons néanmoins reçu aucune interpellation précise à ce sujet. Cependant, vous pouvez nous signaler vos difficultés. Nous ne pouvons pas vous promettre de miracles mais nous appelons à la solidarité de tous afin de protéger les associations et les personnes sourdes et malentendantes.