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Forum Vendredi 3 septembre 2010

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Conférence : L'implant cochléaire et l'avenir de la culture sourde
Envoyé par: RETTMANN Nicolas (---.219.162.11.adsl.dyn.edpnet.net)
Date: ven 27 avril 2007 07:33:24

Bonjour à tous,

Comme vous le savez sans doute, une conférence s’intitulant « L’implant cochléaire et l’avenir de la culture sourde » est organisée ce samedi 28 avril à 15h et sera donnée par le Professeur N. Deggouj, médecin-implanteur.
Lieu : Faculté de Philosophie et Lettres, auditoire L3, rue Grafé n°1, 5000 Namur

Cette séance d’information et de sensibilisation sera suivie par un débat où les participants pourront poser leurs questions.

Si certains d’entre-vous n’ont pu assister, intervenir au débat ou souhaitent émettre leur avis moyennant ce forum, auriez-vous l’amabilité de faire part de votre réaction ?

Votre opinion sera d’un plus grand bénéfice pour l’ensemble de la communauté des sourds et malentendants.

Pour tout contact au sujet de cette conférence : nicolas.rettmann@vitalsys.biz

Merci et à bientôt,
Nicolas

Re: Conférence : L'implant cochléaire et l'avenir de la culture sourde
Envoyé par: Sebastien Desodt (---.248-244-81.adsl-static.isp.belgacom.be)
Date: mar 1 mai 2007 15:22:00

Bonjour


Je m'appelle Desodt Sebastien, étudiant en soins infirmiers, j'étais présent à la conférence de Namur...



Y a-t-il toujours autant de tension entre les parents et les sourds ?
Et depuis combien de temps ces tensions existent, depuis le succès de l'implant ?

Au lieu de se battre à propos de nos différences on devrait réfléchir à ce qui nous unit et comment favoriser cette "union" ; comme réunir les parents et les sourds ?

Ce que les sourds veulent, c'est le bon développement des petits sourds, c'est ce que veulent aussi les parents.
Les parents sont tout autant victime que les sourds, nous sommes tous pris dans la machinerie de l'absurde.

Pensez-vous qu'il y ait des possibilités pour que les parents et/ou les sourds puissent faire des concessions afin que l'on s'unisse tous ensemble contre cette machinerie, et pour le bon développement des générations actuelles et futures.

Une démocratie n'est valable que si l'on offre un paysage complet des choix possibles : si on réduit l'information à son minimum pour "orienter délibérément" un choix (qui nous arrange), ce n'est plus vraiment un système démocratique.
Il est temps de s'unir.
Mais par où commencer?

Est-ce qu'il y a déjà des tentatives qui ont été faites, des actions dans le sens de l'union parents/sourds. Si c'est le cas, je ne vois pas le fruit de ces actions : les parents et les sourds sont en opposition.


Les nouvelles idées et le changement des mentalités ne peuvent peut-être pas se faire tout en haut de la pyramide (débat très intense et émotif entre politiques, scientifiques, parents et sourds) mais probablement dans les associations, au niveau des racines, en bas de la pyramide ; par les chemins étroits de vécus individuels (cas par cas)




Je sais que tous ensemble nous créerons un avenir meilleur.



Vous trouverez ci-joint une étude comparative (commandée par l'APEDAF) de l'éducation des enfants sourds en Europe et en Suède.

Avec ce document, j'espère que vous verrez le poids que l'association des parents ALLIEE aux associations de sourds peut avoir sur les décisions et la mise en application d'une éducation saine pour nos enfants...

(ce document est accessible sur : [membres.lycos.fr])






Langue des Signes en Europe
L'exemple Suédois


Compte-rendu d'un voyage d'études en Suède par une délégation belge


Les Suédois sont-ils fous ?
Benoît Drion



La Suède est sans doute le seul pays au monde où l'éducation des enfants sourds est réellement bilingue, à l'échelle du pays tout entier. Un bilinguisme de l'école maternelle à l'Université, qui consiste à faire, à tous les points de vue, EXACTEMENT l'inverse par rapport à ce qui se fait en Belgique. Les suédois sont-ils vraiment fous ?



Madame Desclée, responsable de l'APEDAF de Tournai, m'a demandé voici quelques semaines, de faire un exposé sur le modèle éducatif suédois pour les enfants sourds. J'avais effectivement eu l'occasion, quelques semaines plus tôt, de participer à un voyage organisé de longue date par monsieur et madame Zegers de Beyl, parents d'une jeune fille sourde. C'est donc grâce à eux, que j'ai pu voir comment un pays tout entier, s'est mis à l'écoute des meilleurs experts en surdité : les Sourds eux-mêmes. Moi qui ne suis ni père d'enfant sourd, ni professionnellement impliqué dans l'éducation des enfants sourds, il m'avait semblé important de commencer mon témoignage, en expliquant le cheminement qui m'a amené à rencontrer le monde des Sourds, il y a maintenant sept ans. Toutes ces petites aventures qui me sont arrivées, comme à tous ceux qui rencontrent des Sourds pour la première fois, sont effectivement très révélatrices de la manière dont notre société appréhende la surdité. Lors de cet exposé, il m'a fallu près d'une heure pour raconter tout cela avec les nuances qui m'ont permis, je l'espère, de faire partager mon étonnement, mon incrédulité, mon intérêt ou mon admiration. C'est trop long et je ne peux pas le faire ici. C'était une heure nécessaire aussi, pour prendre un certain recul par rapport aux préoccupations quotidienne de parents d'enfants sourds, accaparés par la charge journalière qui est la leur, depuis qu'un jour, un médecin leur a dit que leur enfant était sourd.

Le moment du diagnostic

Il m'est difficile d'imaginer la charge d'émotion que représente l'annonce de la surdité d'un enfant à ses parents, alors ignorants en ce domaine. Comme médecin, je n'ai jamais du annoncer ce diagnostic à des parents. Mais je dois régulièrement annoncer des diagnostics pénibles à des patients et je sais que ces moments sont marqués à jamais dans leur mémoire. Je sais que les mots prononcés ou les intonations utilisées, sont mémorisés avec une terrible précision. Je sais que ces patients peuvent tout oublier, même les examens pénibles qu'ils ont du subir, mais qu'ils n'oublieront jamais ce moment de l'annonce d'un diagnostic qu'on voudrait ne pas entendre. Si je m'attarde un peu sur ce moment, c'est parce que je crois que c'est à cet instant là, très précisément, que commence la différence entre la manière dont la Suède et la Belgique appréhendent la surdité.

Là-bas, le Sourd (avec S majuscule) est d'emblée présenté par les médecins qui posent le diagnostic, comme appartenant à une minorité culturelle, dont la langue naturelle est la Langue des Signes. Ici, le sourd (avec s minuscule) est présenté comme un individu à l'audition déficiente, qu'on va tenter de corriger. Dès l'annonce du diagnostic, les professionnels suédois et belges ne voient pas le mot " sourd " de la même manière. Car, si pour des professionnels entendants, les mots " Sourd " et " sourd ", se prononcent de la même manière, ceux que ces mots définissent ou qualifient, y voient bien autre chose.

Un peu d'histoire

Pour comprendre le modèle suédois et la philosophie radicalement différente qui l'anime, par rapport au modèle belge, on ne peut faire l'économie d'un bref rappel historique. Depuis l'Antiquité, partout où des communautés de Sourds se sont formées, sont nées des Langues des Signes. Le génie de l'Abbé de l'Epée (1712-1789), n'est pas d'avoir inventé la Langue des Signes, mais d'être le premier à s'en être servi pour enseigner à des enfants sourds. Les méthodes pédagogiques qui découlent de l'entrée de la Langue des Signes dans les écoles pour Sourds ont essaimé partout dans le monde. La Langue des Signes de France (LSF) a été exporté aux Etats-Unis, où aujourd'hui encore, l'American Sign Langage (ASL), partage de nombreux signes communs avec la LSF. A la fin du 18ème siècle, les médecins ont commencé à s'occuper des Sourds. On ose à peine aujourd'hui, évoquer les traitements inventés par le docteur Jean-Marc Itard (1775-1838) ou ses successeurs. Avec ces médecins, d'un problème de communication, le problème des Sourds en a été réduit à un problème d'oreille. Et peu à peu, on a assisté à une médicalisation de la surdité. C'est assez logiquement qu'en 1880, le fameux Congrès de Milan a condamné la Langue des Signes, " considérant que l'usage simultané de la parole et des signes a l'inconvénient de nuire à la parole, à la lecture sur les lèvres et à la précision des idées claires, le Congrès a décidé que la méthode orale pure devait être préférée ". L'influence du Congrès de Milan semble avoir été d'autant plus forte qu'on se trouve au centre de l'Europe. C'est ainsi que ce congrès a moins profondément influencé les pays du nord de l'Europe ou les Etats-Unis. Et ce n'est pas par hasard que ce soit à Washington, que se trouve l'Université Gallaudet, la seule université où tous les cours se donnent en Langue des Signes.

Démonstration par l'absurde

Dans nos pays d'Europe centrale, la Langue des Signes a vraiment été combattue par les professionnels de la surdité, desquels, depuis le Congrès de Milan, on a exclu les Sourds. On nous dit aujourd'hui qu'il est normal qu'il n'y ait pas de professeurs sourds, puisqu'il n'y a presque pas de Sourds diplômés. Il y a pourtant eu en Belgique de célèbres professeurs sourds. C'était avant qu'on y interdise la Langue des Signes. Il est assez symptomatique que ce soit dans les pays, où le Congrès de Milan a eu l'influence la plus forte, qu'il y a aujourd'hui, le moins de Sourds diplômés. N'est-ce pas là, une preuve par l'absurde, qu'un Sourd privé de Langue des Signes est handicapé dans son accès à la connaissance ? En Belgique, les Sourds porteurs d'un diplôme d'études supérieures sont très rares. Aux Etats-Unis ou en Suède, des Sourds sont professeurs d'Université et les Sourds diplômés sont nombreux. Chez nous, la condamnation de la Langue des Signes a été très loin. Jusqu'il y a un peu plus de vingt ans, elle a été dissimulée aux parents d'enfants sourds par les professionnels de la surdité. Cela peut paraître incroyable aux jeunes parents d'aujourd'hui, mais on pouvait être parent d'enfant sourd il y a vingt ans, et rencontrer des professionnels de la surdité de manière régulière, sans que jamais on n'envisage que la Langue des Signes puisse faire partie de l'enseignement d'un enfant sourd. Et j'en arrive finalement à la Suède, car c'est à l'époque, où il y avait encore en Belgique cette sorte de conspiration du silence autour de la Langue des Signes, que le parlement Suédois reconnaissait la Langue des Signes comme étant la première langue de l'enfant sourd. Un vote qui ne faisait qu'officialiser le choix d'un véritable bilinguisme dans l'éducation de l'enfant sourd.

Un vote historique

Ce vote n'est bien sûr pas tombé du ciel. Il a été acquis après des années de lutte de la Communauté des Sourds alliés aux associations de parents d'enfants sourds. Voici quelques dates symboliquement importantes de la lutte des Sourds suédois. Des dates qu'il est sans doute cruel de donner, tellement elles nous montrent le retard accumulé en Belgique.

1947 : Reconnaissance d'une vingtaine d'interprètes en LS (proclamation royale) pour certaines procédures légales.

1968 : Vote du Parlement en faveur de la création des premiers services d'interprètes en LS. Accès gratuit.

1972 : Création d'un département de recherche en LS à l'Université de Stockholm

1981 : Le parlement Suédois reconnaît la LS comme étant la première langue de l'enfant sourd, le suédois leur étant enseigné comme seconde langue.

1990 : La Suède est le premier pays à ouvrir une chaire de LS à l'Université.

1991 : Les lycéens entendants peuvent choisir la LS comme seconde langue (200 h).

On remarquera, et c'est très important, que la Langue des Signes est reconnue comme une langue nationale et qu'elle est enseignée à l'Université. Aujourd'hui en Belgique, bien que la Langue des Signes ne soit plus interdite, le seul modèle éducatif proposé est un modèle radicalement oraliste dans sa philosophie. Certains professionnels belges parlent aujourd'hui d'un retour excessif du balancier vers la Langue des Signes. Comment ce retour pourrait-il être excessif, alors qu'aujourd'hui encore, pas un seul enfant sourd belge ne bénéficie d'un enseignement dans cette langue ? Ce n'est pas d'un retour du balancier qu'il s'agit, mais de deux conceptions radicalement différentes de la surdité.

Deux conceptions radicalement différentes

On a vu comment, depuis le congrès de Milan, l'emprise d'une pensée médicale et curative n'a cessé de croître en matière d'éducation des enfants sourds, tout en leur déniant le droit d'exister comme minorité culturelle. L'évolution historique qu'a connue la Suède depuis une trentaine d'année, fait que nous avons maintenant à deux heures d'avion de Bruxelles, un pays de 8.500.000 habitants, d'une superficie 15 fois plus grande que la Belgique, où l'on fait, avec les 10.000 Sourds du pays, exactement l'inverse de ce que l'on fait ici pour eux. Le tableau ci-dessous résume ces différences. Il caricature nécessairement un peu la situation et aucune des colonnes ne représente exactement ce qui se fait dans un pays ou dans l'autre. Chacun des points nous montre pourtant vers quoi on tend d'un côté comme de l'autre. La colonne de gauche étant ce vers quoi tend le discours des professionnels belges, celle de droite, étant ce vers quoi tend le discours des professionnels suédois.





Modèle d'éducation oraliste<----------->Modèle d'éducation bilingue


MODELE D'EDUCATION ORALISTE :

- Priorité est donnée à la vocalisation (voix).

- Le Sourd est vu comme un malade (déficient auditif) qu'il convient de guérir. On agira donc pour le faire parler (logopédie, démutisation) et entendre (prothèse, implant).

- Le Sourd s'intègre seul parmi les entendants. Intégration d'un individu.

- Peu d'encouragement aux contacts entre enfants sourds. Encourager l'" intégration " dans des écoles d'entendants.

- Les écoles pour Sourds sont un second choix.

- Déconseiller la fréquentation d'adultes sourds et éviter l'utilisation de la LS. " S'il signe, l'enfant risque de ne plus faire l'effort de parler ".

- Ne pas favoriser l'utilisation de la LS dans l'enseignement, la plupart des cours se donnant en français oral, éventuellement avec " interprète ". La LS est juste tolérée.

- Confusion LPC, français signé, LS. On parle de manière assez vague de " support à la communication ", de " méthode gestuelle ", sans savoir exactement à quoi on fait référence.

- La LS n'est pas enseignée formellement dans les écoles. Pas d'enseignement de l'histoire des Sourds.

- L'engagement de professionnels sourds, compétents en LS est toléré, mais n'est pas une priorité. Aucun niveau minimum de connaissance de la LS n'est exigé pour les enseignants.





MODELE D'EDUCATION BILINGUE :

- Priorité est donnée à l'acquisition d'un langage (signes).

- Le Sourd est respecté comme appartenant à une minorité culturelle, acceptée dans sa différence.

- La communauté des Sourds s'intègre dans la société majoritairement entendante. Intégration d'un groupe.

- Favoriser et encourager les liens précoces entre jeunes Sourds. Permettre la création de communautés de Sourds, dans des écoles pour sourds.

- Les écoles pour Sourds sont un premier choix.

- Initier les enfants sourds à la LS, par le contact de professionnels sourds ou s'exprimant en LS, dès le plus jeune âge. Cours de LS pour les parents.

- Enseignement donné intégralement en LS.

- Pas d'utilisation du LPC ou français signé.

- Cours de LS dans les écoles. La langue parlée dans le pays est introduite comme seconde langue. Cours d'histoire des Sourds.

- Favoriser l'engagement de professionnels sourds. Contrôle du niveau de connaissance de la LS pour tout professeur travaillant avec des Sourds.





Voyons maintenant comment les choses se passent-elles concrètement en Suède ?

Les interprètes en Langue des Signes

Dans un système d'éducation bilingue, les interprètes ont évidemment un rôle tout à fait fondamental et il n'est pas étonnant que leur niveau de formation soit élevé. Au lycée, les élèves entendants qui se destinent à une carrière sociale ont déjà la possibilité de choisir la Langue des Signes comme seconde langue. Et lorsqu'ils entrent dans une école supérieure, on exige déjà d'eux un niveau de connaissance minimum en Langue des Signes. La formation de base en Langue des Signes dure deux ans, suivie d'une période de deux annés supplémentaires pour recevoir un diplôme d'interprète de base (pour toutes les activités de la vie courante). Les élèves qui souhaitent devenir interprète à l'Université sont d'abord sélectionnés (niveau d'exigence très strict) et reçoivent ensuite une formation additionnelle de deux ans. Il y a actuellement 30 étudiants en formation à ce niveau. Ces cours sont organisés dans ce que les suédois appellent des " Folk High School ". C'est dans ces mêmes écoles que sont formés ceux (Sourds ou entendants) qui se destinent au métier de professeur pour Sourds. Cette proximité permet une vie commune et des liens fréquents entre Sourds, futurs professeurs et futurs interprètes. Il y a actuellement 300 interprètes reconnus en Suède, qui se repartissent 200 équivalents temps-plein. Les services d'interprètes assurent une permanence 24h/24. Dans les grandes villes, un interprète est généralement disponible ¸ heure après l'appel, ailleurs on essaye que le délai ne dépasse pas une heure. Les associations de Sourds de Suède estiment qu'il faudrait un total de 1000 interprètes pour couvrir tous les besoins. Ces associations estiment que minimum 100.000 personnes dépendent étroitement et régulièrement de la Langue des Signes (sourds, parents, éducateurs, interprètes, professeurs, travailleurs sociaux,...), et que 700.000 personnes ont besoin de la Langue des Signes à l'un ou l'autre moment. Plus étonnant encore, il existe en Suède des interprètes pour les 600 sourds-aveugles du pays. Un diplôme d'interprète pour sourds-aveugles existe pour les Sourds (une année de cours). Comment cela peut-il se passer ? Lorsque des sourds-aveugles assistent à une conférence donnée par un entendant, le discours en Suédois est traduit en Langue des Signes par un premier interprète. Un Sourd est assis à côté de chaque sourd-aveugle et lui ré-interprète dans les mains... Cela peut paraître invraisemblable et pourtant, c'est à deux heures d'ici... On imagine mal, en Belgique, un groupe de sourds-aveugles assister à une conférence !

Professeurs pour Sourds

Contrairement à ce qui se passe chez nous, il est évidemment exclu en Suède, qu'un professeur se retrouve face à des élèves sourds, sans avoir reçu une formation spécifique. Pour devenir professeur au niveau de l'école primaire, il faut quatre années d'études. Théoriquement, les professeurs entendants doivent au préalable travailler au moins cinq ans dans une école avec des enfants entendants. Et il existe une formation spécifique de deux ans pour enseigner à des enfants sourds. Les professeurs entendants doivent bien entendu connaître la Langue des Signes (six mois de formation universitaire à plein temps). Les professeurs sourds qui connaissent bien sûr la Langue des Signes (c'est leur première langue), reçoivent encore trois semestres de cours de Langue des Signes et deux semestres de cours de Suédois. Tout cela bien sûr, en plus de leur formation de base comme instituteur. Il existe actuellement trente professeurs sourds, qui ont une reconnaissance académique. Pour d'autres, il existe des mesures transitoires.

Parents d'enfants sourds

Dès l'annonce du diagnostic, l'apprentissage de la Langue des Signes par les parents entendants est favorisé et encouragé. Il leur est possible de recevoir un financement de l'état pour interrompre leur travail pendant six mois et apprendre la Langue des Signes de manière intensive. Alors qu'on l'interrogeait sur la réalité de la connaissance de la Langue des Signes par les parents d'enfants sourds suédois, la responsable de l'association de parents a répondu qu'elle n'avait " jamais vu des parents d'enfant sourd qui ne signent pas "... La Suède a évidemment atteint un niveau d'acceptation de la différence qui laisse rêveur ici en Belgique. Une autre maman d'enfant sourd nous a dit " quand le diagnostic de surdité de mon fils a été posé, toute la rue a commencé à suivre des cours de Langue des Signes "... C'est peut-être la seule rue de Suède..., mais c'est quand même assez révélateur d'un état d'esprit. Les parents sont très rapidement mis en contact avec des adultes sourds qui les aident à faire leurs premiers pas dans leur communauté.

Ecoles pour Sourds

Toute la scolarité des enfants se fait dans des écoles pour sourds. Le séquençage des études est différent en Suède de ce qu'il est chez nous, c'est pourquoi je préciserai l'âge des enfants dont il s'agit.

Il existe des école préparatoires en Langue des Signes, pour les enfants de 2 à 6 ans dans de nombreuses villes de Suède. La géographie du pays oblige parfois ces enfants à faire de longs trajets en taxi (frais pris en charge par l'Etat). La plupart des instituteurs y sont sourds; ce qui favorise bien entendu un bain linguistique très précoce.

Au niveau primaire (7 à 14 ans), il existe cinq écoles pour Sourds réparties dans le pays. Dans ces écoles, 60% des professeurs sont entendants et 40% sont des Sourds. Les professeurs entendants qui n'ont pas acquis un niveau de maîtrise suffisant en Langue des Signes sont accompagnés d'un interprète. Les enfants sont généralement internes pendant la semaine (longues distances). Mais de nombreuses familles déménagent en fait dans une ville où il y a une école adaptée à leur enfant. Tout l'enseignement se fait en Langue des Signes. Les enfants ont 20 minutes de logopédie par semaine. Si les parents le souhaitent, il est possible d'en avoir plus pendant les heures d'école. Le but de ces séances de logopédie, tel qu'il nous a été décrit, est de permettre aux enfants d'avoir une voix.

Au niveau secondaire (15-19 ans) (appelé Gymnase), il n'existe qu'une seule école en Suède, localisée à Örebro. Presque tous les Sourds passent par là. Il y ont autant de possibilités d'études que les entendants. Tout l'enseignement se donne en Langue des Signes, soit le professeur connaît la Langue des Signes, soit il est accompagné d'un interprète.

Örebro, la ville des Sourds

De nombreuses familles d'enfants sourds déménagent pour se rapprocher d'Örebro, de sorte que cette ville est peu à peu devenue une ville où le nombre de Sourds est très élevé. Rien que la population scolaire représente actuellement 430 élèves, répartis dans trois écoles différentes. Au niveau primaire, il y a 80 professeurs, dont 15 Sourds. Au niveau secondaire, il y a 40 professeurs, dont 4 Sourds. Les enfants viennent à Örebro en taxi ou en bus s'ils n'habitent pas trop loin. Les plus petits, dont les parents habitent loin, vivent avec des adultes sourds dans des villas (familles d'accueil). Les plus grands vivent en internats pendant la semaine.

Langue des Signes, Suédois signé, LPC,...

La Loi suédoise prévoyant que la Langue des Signes est la première langue de l'enfant sourd, leur enseignement doit comporter un minimum de 1300 heures de cours de Langue des Signes répartis sur dix ans. Ceci constitue une différence fondamentale par rapport à toutes sortes d'initiatives dites bilingues, où l'enfant sourd, même s'il bénéficie d'un interprète en Langue des Signes, n'a jamais appris cette langue formellement, pas plus qu'il n'a bénéficié d'un bain linguistique en Langue des Signes. Ce qui a pour conséquence que dans le système belge, l'interprète utilise en définitive une langue que l'enfant sourd lui-même ne maîtrise pas bien. En Suède, en revanche, plus l'enfant grandit, plus la proportion d'heures de cours de Langue des Signes qu'il reçoit augmente. Ce qui fait de ces jeunes sourds, d'excellent signeurs. En Suède, le LPC n'est pas utilisé du tout. Quant au Suédois signé, qui a été utilisé il y a une quinzaine d'année, il n'est plus utilisé du tout. Lorsqu'on interroge de jeunes sourds sur ce qu'ils pensent du suédois signé, il est intéressant d'écouter ce qu'ils répondent. Leurs réponses sont effectivement révélatrices de la différence entre ces deux modalités de communication. Du Suédois signé, un élève dit " c'est endormant parce qu'il faut attendre le contenu ", un autre dit " c'est OK au début, mais après un certain temps, cela vous fait aller hors de votre pensée ".

Et après ?

A la sortie du Gymnase, pratiquement tous les élèves savent lire et écrire correctement. Lorsque des Sourds passent un examen de Suédois appris en seconde langue (comme les immigrants entendants, qui apprennent le Suédois en seconde langue), ils obtiennent des résultats équivalents. Les Sourds ont un accès effectif à l'Université, le niveau de leurs écoles le leur permettant. De plus, la Langue des Signes étant reconnue officiellement, les Universités suédoises sont obligées de fournir des interprètes à tous les étudiants sourds qui le demandent. Enfin, il nous a été dit que le taux de chômage était le même parmi les Sourds que parmi les entendants.

Les malentendants

Chaque année, environ 200 Sourds ou malentendants naissent en Suède. Parmi eux, 60 sont Sourds et presque tous vont à l'école des Sourds. 140 sont considérés comme malentendants et la majorité d'entre eux vont à l'école avec des entendants (intégration dans des écoles d'entendants). Il est intéressant de noter qu'un bon nombre de malentendants se réorientent par la suite vers des écoles pour Sourds. Il existe des Lycées pour malentendants, mais l'enseignement y est oral et la Langue des Signes n'y est pas utilisée. La connaissance de la Langue des Signes par ces jeunes, non initiés précocement, est dès lors inférieure à celle des Sourds. Aussi, bien qu'ils aient le droit d'avoir un interprète pour faire des études supérieures, ils ont plus de difficultés que les Sourds. De sorte qu'actuellement, alors qu'ils sont nettement moins nombreux dans le pays, il y a plus de Sourds que de malentendants à l'Université. Une situation totalement inverse à celle de notre pays, où les Sourds profonds qui réussissent effectivement à l'Université sont rarissimes.

Conclusion

Voilà donc à deux heures d'avion de Bruxelles, un système d'éducation des enfants sourds, à tous les points de vue, inverse par rapport à ce qui se fait en Belgique. Pour toute une série de raisons culturelles, ce modèle n'est certainement pas transposable tel quel dans notre pays. Il devrait à tout le moins, amener à relativiser le discours officiel qui y est tenu. A ce jour, contrairement à ce qui se passe en France, il n'existe toujours aucune possibilité pour un enfant sourd belge, de faire des études en Langue des Signes. Aucune école belge ni aucun réseau d'enseignement ne proposent une éducation bilingue. Faut-il le dire, le fait que la Langue des Signes soit parfois ponctuellement utilisée en Belgique, n'a évidemment rien à voir avec une éducation bilingue. S'il fallait résumer le virage à 180° dont ont bénéficié les Sourds suédois il y a une vingtaine d'année par une seule phrase, on pourrait dire que ce pays a troqué le concept de rééducation du sourd en vigueur chez nous, pour celui, d'éducation de l'enfant sourd. D'un côté, la rééducation vise à faire parler (logopédie,...) et entendre (prothèse, implant cochléaire,...) une langue qui passe par les modalités audio-phonologiques des entendants, forcément déficientes chez le Sourds. Alors que de l'autre, l'éducation de l'enfant sourd se fait dans une langue qui passe par des modalités visuo-gestuelles dans lesquelles il excelle : la Langue des Signes; le suédois étant enseigné comme seconde langue.

Les suédois sont peut-être moins fous qu'ils en ont l'air. Alors qu'ici, il arrive encore que des professionnels laissent entendre aux parents que " si l'enfant signe, il risque de ne plus faire l'effort de parler ", le modèle éducatif suédois, autorise l'enfant à s'exprimer dans la seule langue qui lui permet d'allier parole et plaisir, la seule langue avec laquelle il puisse jouer, la seule langue qui lui permet de mettre pleinement son imaginaire à la portée du réel. Le grand poète Pablo Neruda, s'interrogeant sur sa condition de poète, écrivait : " Peut-être n'ai-je pas vécu en mon propre corps; peut-être ai-je vécu la vie des autres. " L'originalité du système suédois, c'est peut-être simplement de laisser l'enfant sourd vivre dans son propre corps. C'est peut-être, au lieu de le traiter comme un entendant qui n'entend pas, de lui donner la liberté de vivre sa vie de Sourd.

Re: Conférence : L'implant cochléaire et l'avenir de la culture sourde
Envoyé par: exoseth (---.248-244-81.adsl-static.isp.belgacom.be)
Date: mar 1 mai 2007 16:46:47

Lorsque vous faites des études en sociologie-anthropologie, l'une des premières choses que l'on vous explique c'est la notion de "race".

Ce terme n'est pas du tout scientifique, c'est comme le terme "folie" : ils n'existent pas dans le jargon scientifique parce qu'ils n'ont aucune réalité, aucune efficience.

Il n'existe rien que l'on puisse appeler "race".On utilise, dans le cercle scientifique, la notion "d'ethnie" en général.
Expliquer en long et en large pourquoi ce terme n'a aucune valeur scientifique serait sans doute trop long ici... et ce n'est pas le but de mon propos de vous convaincre de ca...
On se contentera de dire qu'il peut exister plus encore de différence entre deux individus du même groupe ("race") qu'entre deux individus de groupes différents (de "races différentes")...

Alors l'explication que vous avez recue est tout simplement invalide : elle n'explique rien, et d'autre par n'a aucune valeur scientifique.

Pour ceux qui n'étaient pas présents, je dois préciser qu'il a été dit que les sourds peuvent être catégorisés en quatre groupe, et ce sur "le modèle de race".
A noter entre parenthèse, que l'interprète a eu beaucoup de difficultés pour traduire ca de manière compréhensible. Et cela ne m'étonne pas, puisque ca sonne faux, c'est tout simplement vide de sens.
Je ne vais pas vous communiquer les quatre catégories car je les considère comme des pollutions mentales.

Alors lorsqu'une jeune femme sourde (on m'a dit qu'elle est présidente d'une association) a soulevé un point qui pèse lourd et qui est essentiel, à savoir le paradoxe fumant : on souhaite soi-disant respecter l'identité des sourds, mais pourtant on fait tout en sorte afin qu'ils entendent, qu'ils oralisent...
A cette contradiction à l'état pur, le médecin implanteur Naima Deggouj a cru bon de répondre (et de nous "endormir") en reprenant ces quatre catégories comme bouclier.
L'identité sourde serait divisée en quatre ; être sourd ce n'est pas seulement être sourd, c'est l'être comme ceci ou comme cela...
Alors selon les différentes modalités de cette identité divisée, on peut accepter l'implant cochléaire comme faisant partie d'une manière particulière d'être sourd.

Ce n'est pas très drôle, mais je vais tout de même ironiser : et lorsqu'on trouvera "normal" de modifier la connexine 26 (cause génétique de certaines surdités), ce sera une manière encore différente de vous diviser... une manière encore différente d'être sourd : en ne l'étant plus du tout...

C'est totalement absurde.

Je dois dire que l'exposé de Naima Deggouj ne m'a pas du tout convaincu du bien fondé de ces arguments.

Pour les parents ; je ne dis pas que l'implant est une mauvaise chose pour l'enfant. Ce n'est pas ca.


A partir de ces catégories (que je considère comme scientifiquement invalides) une étude a mis en place des statistiques basées sur un pannel de 50 individus (si ma mémoire est bonne)...
Comment ces graphiques pourraient être représentatifs d'une réalité quelconque ?

Lorsqu'on parle des être humains, on parle du vivant ; évoquer des chiffres ou des catégories pour essayer de nous définir et de mieux nous contrôler est comme une insulte. (c'est en tout cas mon avis)
Les êtres humains, ce n'est pas de la théorie, c'est vivant.

Il y a un vieil adage que tout le monde connait : diviser pour régner.
Si on divise la communauté sourde en sub-divisions, on affaiblit la force de cohésion de cette communauté.

Faites bien attention à tout cela.

On essaye de vous faire croire que vous êtes faibles afin que vous en soyez persuadés.
On a dit par le passé qu'il y avait une différence entre être sourd de parents sourds et être sourd de parents entendants, qu'il y aurait des "vrais" sourds et de "faux" sourds.
C'est une injustice que de dire cela... un sourd est un sourd.
Comme l'a dit Maurice Hayard, il n'y a pas trois mondes (ou plus?), il n'y en a que deux : celui des entendants et celui des sourds.
Et même, lorsqu'on analyse plus pronfondément, on se rend compte qu'il n'y en a qu'un (mais à ce stade, il faut une ouverture d'esprit plus grande encore)

Alors la division entre les parents et la communauté sourde ne devrait pas non plus exister.
Voyez qui vous divise les uns les autres, et quels sont leurs intérêts de faire une telle chose.


Mes propos semblent peut-être dire que l'ennemi est devant nous, et qu'il prend l'apparence de celui qui vient nous aider ; la politique et la science.
Pourtant ce n'est pas ce que je dis.
Il n'y a pas d'ennemi. Le seul ennemi c'est l'agressivité que l'on peut ressentir, car elle nous agresse nous-mêmes, elle nous empêche de voir clair.
Donc voyez bien qui suscite en vous de l'agressivité, et que cela ne vous aide pas de vous laissez envahir par les émotions.
Si on veut voir clair, il est nécessaire de se détacher de ce que l'on ressent : ce n'est pas de l'indifférence mais du détachement.

Mais tout est fait pour soulever en nous beaucoup d'émotion. Dès qu'il y a une injustice ou un mensonge déguisé, nous le ressentons très fort en nous-mêmes.
Et l'impossibilité de nous faire comprendre, malgré un langage clair et logique, nous irrite profondément.
Il est nécessaire de voir que les scientifiques et les politiques sont tout aussi laisés, tout aussi imprégnés dans l'obstruction et l'ignorance que nous ; ils n'arrivent pas à dépasser le modèle intellectuel dans lequel ils ont été éduqué et formé... ils ne dépassent pas le paradigme dans lequel ils sont pieds et poings liés.


Je considère qu'un scientifique ou un politicien a pour première tâche de se défaire complètement du modèle intellectuel dans lequel il a été formé, s'il ne fait pas cet effort, sa perception reste limitée, totalement conditionnée par des années d'endoctrinement théorique (qu'on appelle "études").


Vous n'êtes pas faibles.
Je vous ai vu, et vous avez la force de faire face à tous ces obstacles qui apparaissent et qui empêchent encore actuellement que les sourds puissent simplement s'épanouir... comme n'importe qui...


Nous, entendants, bien que nous soyons une minorité à prendre fait et cause pour le monde sourd (et pour le bien-être de tous les enfants sourds ; de parents entendants ou de parents sourds), nous n'allons certainement pas rester sans rien faire...


Pour conclure ce post (pourtant j'avais encore beaucoup de choses à dire), je devrais préciser sans doute que je ne suis ni contre ni pour l'implant.
Je n'ai pas à opter pour une position, qu'elle soit "pour" ou "contre", et qui plus est, cela ne correspond pas à la réalité des faits.
La réalité des faits, c'est une communauté, des individus sourds qui veulent vivre leurs vies tranquillement sans se sentir menacés par des attaques déguisées en "bonne conscience".
La réalité des faits, c'est un groupe de parents entendants qui veulent vivre leurs vies le plus aisément et le plus sainement possible en offrant ce qu'il y a de mieux à leurs enfants sourds.
La réalité des faits, c'est l'apparition de l'objet technique (appuyé de nous tous par nos choix qui le cautionne et le perpétue dans le temps) et de la violence de son imposition, la difficulté de trouver une manière saine de l'utiliser sans porter préjudice à personne.

La réalité des faits, c'est un groupe d'enfants sourds (implantés ou pas) qui ont de sérieux problèmes d'identités... qui trouvent difficilement leur place dans la société divisée... qui se heurtent à l'intolérance (peu importe d'où elle vient)... et qui n'ont pour souhait qu'une seule chose : qu'on leur laisse l'opportunité de se réaliser eux-mêmes, de s'épanouir et de trouver leur route... sans se soucier du mode de communication, du moment qu'on puisse simplement vivre tous ensemble... (sans clivages aucun)

Re: Conférence : introduction (compte-rendu)
Envoyé par: RETTMANN Nicolas (---.71.11.18.adsl.dyn.edpnet.net)
Date: dim 6 mai 2007 22:42:39

Bonsoir,

Je reviens d’une semaine de congé et tiens à remercier les participants (une bonne centaine) venus remplir l’auditoire où nous avons pu suivre un agréable déroulement de l’exposé et des interventions.

Pour ceux qui n’ont pu assister, une retranscription par écrit se fera dans les prochaines semaines. Patience.

En attendant, je vous joins déjà l’introduction qui a été exposé.

A bientôt.
Nicolas Rettmann


Compte-rendu de l’introduction :

Bonjour à tous,

Je me réjouis de votre présence et donc de votre intérêt à assister à la conférence qui sera donnée par le docteur Deggouj.

Je tiens à la remercier de son appel favorable à l’invitation de l’ARC, Action et Recherche Culturelles en la collaboration avec la F.F.S.B. (Fédération Francophone des Sourds de Belgique .et le G.C.S.E. (Groupe de Citoyens Sourds et Entendants).

Je m’adresse également aux participants venus en masse ce jour, preuve que l’avenir des sourds nous concerne tous.

Je laisserai le soin au docteur Deggouj de vous présenter son parcours professionnel et ses motivations.

L’avenir des sourds face à l’implant cochléaire ne se résume pas seulement à l’enfant sourd et ses premières découvertes de la communication mais également à son parcours et par conséquent à tous les acteurs œuvrant de loin ou de près à la surdité.

En effet, je voudrai rappeler qu’il y a lieu de bien faire la distinction entre l’enfant né sourd et le devenu sourd à un âge avancé. Cela nous permettra d’emblée d’éviter toute confusion notamment pour les personnes présentes ce jour et désireuses de mieux connaître la surdité.

Parents, famille, médecins, linguistes, sourds par leur vécu, interprètes, politiciens, professionnels enseignants et associatifs, bénévoles ou amis, nous apportons tous notre contribution à un meilleur avenir de l’enfant sourd et ce d’autant mieux lorsque nos échanges de points de vue aboutissent sur un même terrain d’entente.

Nous savons tous que des progrès ont été réalisés tant au niveau linguistique qu’au niveau des appareillages mais force est de constater que la surdité se trouve hélas entre les mains tantôt des éducateurs et médecins, tantôt de la communauté des sourds ou encore des politiciens... au point qu’elle redevient un enjeu de débat.

Ne serait-ce pas dû à un manque d’ouverture à la différence de l’autre, à un manque de communication, serait-ce le défi de ce 21ième siècle qui nous attend ?

De ce fait, j’estime qu’il y a urgence à informer et donc sensibiliser une fois de plus au sujet de la surdité, d’une manière objective.

En d’autres termes, nous devons tous veiller, moyennant des synergies dans nos actions, au bien-être de la personne sourde au long de sa vie, d’un point de vue linguistique, cognitif, culturel et social.

Cette journée se veut avant tout une nouvelle opportunité pour les personnes présentes, sourdes, malentendantes et entendantes, de mieux connaître le plus récent des appareillages qu’est l’implant cochléaire et également l’apport de la langue des signes, dans toutes ses composantes, pouvant conduire à l’épanouissement de la personne sourde.

Je vous remercie de votre attention à l’exposé et vous souhaite un agréable après-midi.

Re: Conférence : L'implant cochléaire et l'avenir de la culture sourde
Envoyé par: Sylviane (---.28.77.112.coditel.net)
Date: dim 13 mai 2007 23:12:29

Bonsoir Sébastien,

Très intéressant ce « compte rendu d’un voyage d’étude en Suède »… Quels moyens !! C’est époustouflant, nous sommes bien loin de tout cela dans notre petite Belgique…..

Mais soyons positifs il y a des choses qui changent chez nous aussi …

Le titre de la conférence est très important : « L’implant cochléaire et l’avenir de la culture sourde », je le comprends comme ceci : "aujourd’hui, dans l’état actuel des choses, comment défendre l’avenir de la culture sourde ? "

Il est temps, en effet, qu’on rassemble le plus de personnes possible autour de ce projet …. Et je pense que dans la salle à Namur, TOUS étaient là dans ce but.

Peut être as-tu ressenti des tensions …. Ok, c’est vrai, je pense que la raison était qu’on avait dévié de la question qui nous rassemblait : L'implant cochléaire et l’avenir de la culture sourde ? La conférence ne s’intitulait pas : pour ou contre l’IC ? NI pourquoi prend t on les décisions pour les bébés en matière d’IC ? (questions déjà débattues dans d'autres colloques ou conférences dans le passé)

En dehors de cela, je pense qu’il y a eu une grande cohésion au niveau des avis : la langue des signes, dès la naissance et tout au long de la vie, est essentielle pour les Sourds quel que soit le type d’appareil auditif qu’ils utilisent ou non.

J’ai même été étonnée d’entendre le Professeur Deggouj dire qu’elle accepterait de soutenir cette idée dans le milieu médical. La seule chose qu’elle souhaite est un climat positif et non passionnel. Il faudra qu’on y arrive.

Tu as raison ….. il faudra une grande cohésion du monde de la surdité pour développer des projets dans ce sens là . C’est pas évident, … le passé est lourd et difficile, l’histoire est derrière nous et pas évidente à digérer …..

Combien d’erreurs dans le passé ??
(Tiens, le professeur Deggouj nous en a rappelé une, assez récente, tu te souviens du Professeur ou du chirurgien de Paris qui était tout à fait à côté de la plaque dans ses déclarations à propos de l’IC ??….) Et j’en passe (des quantités incroyables) et des meilleurs …..

C’est vrai l’histoire est très lourde d’erreurs mais on va bien finir par se rendre compte tous ensemble que l’avenir est devant nous … l’avenir de la culture sourde aussi, j’espère …


Voici ce que j’aurais voulu dire si il y avait eu plus de place pour s’exprimer ce jour là :

Je m’appelle Sylviane, j’ai un petit garçon sourd dans mon entourage, ses parents sont sourds également. Depuis quelques années, grâce à eux, j’essaye de comprendre ce qui se passe dans le monde des Sourds. Quand on n’a pas la chance d’avoir des personnes sourdes dans son entourage, on a aucune idée de ce qu’y s’y passe. Mais quand on essaye de comprendre ce n’est pas facile ….. Pas plus facile, sans doute, que pour les Sourds comprendre le monde des Entendants. Il y a la langue qui est différente mais aussi les constructions de phrases, les nuances, les intérêts, l’humour, tout est différent, .... c’est bien normal.
Mais autour de moi je vois un réel intérêt des entendants pour la langue des signes, pour les « chuuuut party » , pour les histoires contées etc…un terrain positif et ouvert ….. j’ai envie de vous demander de nous aider

Au Docteur Deggouj j’avais envie de dire :
Merci pour vos explications, vous avez confirmé qu’un enfant sourd restera toujours un enfant sourd quel que soit l’appareil qu’on choisira ou non pour lui. Dans ce cas, le dépistage de la surdité, comme on le conçoit aujourd’hui, devrait servir, entre autres choses mais avant tout, à donner la possibilité aux parents d' apprendre aussi vite que possible la langue naturelle de leur enfant quel que soit l’appareil auditif qu’on choisira ou non pour lui.

Re: Conférence : L'implant cochléaire et l'avenir de la culture sourde
Envoyé par: Sebastien Desodt (---.240-136-217.adsl-static.isp.belgacom.be)
Date: mer 16 mai 2007 22:41:41

Bonjour Sylviane



C'est vrai que le premier constat, à propos de la Suède, est comme tu dis d'observer que c'est "époustouflant"
Tu en parles comme si c'était quelque chose d'inaccessible et lointain, comme si ici on devait simplement se contenter de régler les petits problèmes qui surgissent.
Au regard de cet article, je me suis rendu compte de ce qui était possible de faire en matière d'éducation. Les sourds de là-bas sont beaucoup moins "handicapisés" (contraint de se sentir handicapés par une société irrespectueuse des droits fondamentaux)
Ce que je veux dire c'est que, en lisant cet article, j'ai pris conscience de tout ce que l'on ne fait pas ici... ce n'est pas époustouflant : c'est notre combat de tous les jours ; c'est une décision que nous avons à prendre.

En tant que parents (oui, je suis parent entendant d'enfants entendants), je sais que l'on veut le meilleur pour nos enfants, et je ne doute pas un seul instant que toutes les décisions qui ont été prises, et qui seront prises, visent le bien de l'enfant.
Mais je suis obligé de constater que ce que l'on nous propose ne correspond pas aux besoins de nos enfants (quand on compare avec la Suède)
Les parents ont un rôle très important dans L'OUVERTURE des possibilités données à l'enfant.
Le système éducatif se trompe, trompe les enfants, trompe les parents, et au bout du compte ce sont les enfants en premier lieu qui paient le prix des erreurs institutionnelles. Et je m'étonne que vous ne réagissiez pas.
D'accord le passé est lourd, mais ce n'est plus le moment de regarder le passé, il est temps de regarder ce que nous voulons au présent et pour l'avenir de nos enfants.
Je comprends bien qu'on puisse se sentir impuissant ou déresponsabilisé par rapport aux décisions prises par l'état, mais j'ai la certitude que nous changerons les choses. Et ca ira forcément plus vite si nous nous rassemblons tous, parents, sourds, enfants, associations, entendants, etc, etc. Mais si personne ne bouge je le ferai tout seul, mais ca prendra plus de temps... je suis très têtu, je ne renonce pas facilement lorsque la dignité humaine est bafouée dans l'ignorance généralisée.

J'espère ne pas trop te (vous) choquer mais le temps n'est plus aux petites phrases.

Par rapport au reste de ton message, cela aurait été très intéressant que tu prennes la parole.

Tu dis que les entendants s'intéressent à la langue des signes, mais il ne faut pas oublier que l'on ne peut pas séparer la langue des signes de la communauté sourde : puisque des entendants s'y intéressent alors pourquoi n'y a-t-il pas des regroupements d'entendants afin de permettre les échanges en vue de "faire bouger les choses"




J'espère que l'on pourra tous travailler ensemble très bientôt.
Pour ma part j'avancerai dans ce sens là, si chacun pouvait faire de même,

courage à tous


A bientôt

Re: Conférence : L'implant cochléaire et l'avenir de la culture sourde
Envoyé par: Sebastien Desodt (---.240-136-217.adsl-static.isp.belgacom.be)
Date: mer 16 mai 2007 23:34:40

reBonsoir


J’ai oublié d’évoquer ceci :
Lorsque tu parles des difficultés pour un entendant de comprendre la langue des signes, la culture, l’humour, etc., et que tu signales que pour un sourd ça doit être tout aussi difficile de comprendre la culture entendante, je m’interroge en ce sens : c’est tout aussi difficile (ou pénible) pour un parent sourd de s’apercevoir à la naissance de l’enfant qu’il est entendant que cela l’est pour un parent entendant d’enfant sourd.
Mais d’après certains témoignages j’ai pu remarquer que les parents sourds, même si cela leur posait problème au départ, acceptaient plus facilement leur enfant entendant.
Ils se posaient les mêmes questions que les parents entendants, à savoir comment vais-je pouvoir communiquer avec mon enfant, comment vais-je pouvoir transmettre ma culture, mon savoir, mon histoire et une part de ce que je suis et de ce que j’ai appris.
Et au bout du compte, après avoir cassé beaucoup de murs, ils en arrivent à accepter avec beaucoup de tolérance l’autonomie et la liberté d’être de leur enfant entendant, tout en leur apportant leurs valeurs et leur accompagnement.
Vous me direz, c’est plus facile d’être un enfant entendant dans cette société, et que les parents sourds ont moins de soucis à se faire quant au devenir de leur enfant.
Je répondrais à cela : oui, bien sûr, c’est plus facile d’être entendant, mais alors voyez-vous ce qu’il nous reste à faire pour offrir à nos enfants sourds un devenir honorable, un avenir où on se sent respecté et respectable ?

Re: Conférence : L'implant cochléaire et l'avenir de la culture sourde
Envoyé par: exoseth (---.240-136-217.adsl-static.isp.belgacom.be)
Date: mer 16 mai 2007 23:57:46

Bonjour Sylviane


J'entends (je lis) souvent qu'on parle d'être "pour" ou "contre"...
Moi-même j'essaie d'éclaircir le plus souvent "ma position" par rapport à l'implant.

Mais en fait, il n'est pas question du tout ni d'être "contre" ni d'être "pour".
Ce que je veux dire c'est qu'on ne devrait pas réduire le débat en disant ces choses là...
Naima Deggouj a également voulu réduire le débat en parlant de ceux qui seraient "pour" ou "contre"

En fait, personne n'est "contre" quelque chose qu'on appelle "implant" : la question n'est pas du tout là : aujourd'hui c'est l'implant, hier c'était l'appareil auditif, demain ce sera quoi ?
Donc le problème n'est pas d'être contre l'implant... n'est-ce pas ?!

Si on réduit le débat en parlant de "pour" ou "contre", on ne permet pas à la conscience d'être claire, de voir clairement où se passe toute la problématique.
Ca nous positionne dans une dualité, une opposition qui est fausse et qui ne nous aide pas à avancer tous ensemble.

Alors qu'un scientifique ou un décideur politique renforce le "pour" et le "contre" ça ne m'étonne pas du tout : ça bloque le débat et ça nous rend tristes (parce qu'on se sent bloqué, isolé et incompris)... ça nous divise...
Et nous devons réagir pour ne plus nous diviser, ni entre sourds ni entre parents et communauté sourde...

Les sourds accepteraient mieux l'implant (comme l'appareil auditif) si... et seulement SI... leur communauté, leur culture et leur langue des signes n'étaient pas mis en danger ou frappés d'irrespect... si et seulement si les décideurs politiques écoutaient les droits légitimes et appliquaient les réformes nécessaires pour le bien-être des enfants sourds et de leurs parents, de la communauté sourde...

Est-ce le cas aujourd'hui ?

Ne dites plus qu’il s’agit d’être « pour » ou « contre », ne dites pas non plus que le débat a glissé dans ce sens : ce n’est pas le cas, ce n’est pas une manière de voir qui peut nous aider à avancer.

Je n’ai pas du tout eu l’impression que les débats, lors de la conférence, ont dévié de l’intitulé : comment voulez-vous parler de l’avenir de la culture et de la communauté sourde en « oubliant » des aspects forts sombres… vraisemblablement cachés… voire carrément tabou…


Il y a autre chose ;

J’ai souvent lu que les parents disaient, après avoir fait le deuil : « mon enfant est sourd et restera sourd »… à présent, reprenant la ritournelle (pardonnez-moi) madame Deggouj nous dit la même chose en toute bonne foi.
Je dis tant mieux : c’est un minimum que de reconnaître une chose aussi évidente.

Mais c’est bien joli de faire des phrases et de nous renforcer dans notre bonne conscience, mais moi ce qui m’intéresse ce sont les faits.

On dit qu’on ne mesure pas un homme au poids de ses arguments, ni à sa manière de discuter un problème en long et en large : il se mesure à ses actes et aux fruits de ses actions, aux résultats qu’il obtient et que l’on peut observer.
Qu’est-ce qui est fait concrètement dans le sens du respect de l’identité de la personne sourde ? Et qu’est-ce que ça veut dire respecter l’identité de la personne sourde si on ne la reconnaît pas vraiment à travers nos actions et dans les faits de tous les jours ?
Si rien n’est fait ; le respect de la langue des signes et de l’identité sourde n’est que théorique… c’est une rhétorique qui n’a pour effet que de nous endormir…

Vous voulez un modèle de respect ? : voyez ce qui se passe en Suède.

On ne veut pas accepter que notre modèle de société occidental (exception faite des pays nordiques, Suède, Norvège, etc.) est complètement incapable de respecter les êtres humains tels qu'ils sont, dans leurs différences... ainsi que la Nature qui les environne...


A vous de voir.

Re: Conférence : L'implant cochléaire et l'avenir de la culture sourde
Envoyé par: Candice (---.w86-210.abo.wanadoo.fr)
Date: jeu 17 mai 2007 23:51:20

Bonsoir,

la Suède n'est pas la France, pour ce qui est de la Belgique je ne m'avancerai pas mais en tout cas chez nous, identité ne rime qu'avec "Nationale"!! (débat passionnant s'il en est, qui a animé la campagne présidentielle...)

En suède les écoles ne sont pas clôturées (chez nous on parle bientôt d'envoyer l'armée pour faire regner la discipline), quand un élève est en échec on ne prétend pas qu'il est nul, mais qu'on s'y est mal pris dans l'enseignement...
En Suède 90% des mamans allaitent leur bébé et disposent dans les entreprises, de pièces prévues à cet effet. Ici, passé 3 mois d'allaitement, tu es taxée de mère incestueuse...
Bon, ce sont les seules données documentées dont je dispose mais je pense que nos sociétés ne sont pas comparables hélas...

Chez nous on voudrait sous prétexte d'égalité des chances, faire rentrer tout le monde dans le même moule, quitte à bien appuyer sur les bords pour que tout rentre bien.

"Vas-y mon gars, t'es comme tout le monde maintenant, t'as de la chance, tu vas pouvoir t'acheter une bonne grosse bagnole qui pollue plus que celle de ton voisin! Tu vas bien bouffer tous les soirs de la soupe prédigérée, formatée sur ton écran 16/9ème! C'est tout de même formidable ce que la société peut t'offrir!... pour peu que tu y mettes du tien quand même (Ahh le mérite...)."

Voilà le modèle!!! Et ce modèle est implicite pour la plupart d'entre nous. J'ai croisé une mémé un jour et quand je lui explique que mon fils est sourd et qu'il ne l'entend pas: "Oh mais ils vont bien pouvoir vous l'améliorer". La même se plaignait juste avant que les goélands avaient bouzillé son imper (je vous laisse deviner comment) et que "ça suffit, en plus ils sont protégés ces bestiaux"
Et oui ma brave dame on vit dans un monde où il y a des animaux, des plantes, des sourds, des femmes, des hommes, des vieux, des beaux, des trisomiques et... des vieilles connes aussi!

Bref dans cette société, tout le monde (presque) prétend que la langue des signes est importante pour les enfants sourds, mais tout le monde fait comme si ça n'était pas le cas.

Elle est souvent dépossédée de son statut de langue qui implique qu'on prenne en compte les dimensions culturelle, ethnique, historique qu'elle véhicule. C'est devenu un "instrument" mis au rang du "LPC". Si l'enfant ne profite pas bien de son implant, ça fera une "roue de secours".

J'ai lu une maman qui écrivait naivement: "Alors on fait de la langue des signes, on a appris dans les DVD et sur le web en avalant des dictionnaires de signes. Bon en fait on fait du français signé parce qu'on veut transmettre notre langue (jusqu'ici tout va bien...).Nous savons comment signer en LSF avec la bonne grammaire mais on ne le fait pas par choix"!!! J'aimerais bien connaître sa méthode parce que moi, la pensée visuelle, c'est pas encore ça, après 6 semaines de stages intensifs et des rencontres régulières avec des sourds alors sur DVD et web... Mais bon, on se dit que parce qu'on sait qu'il faut signer table puis chat pour dire que le chat est sur la table, on connait la syntaxe de la langue des signes! Parce que, c'est bien connu, c'est simple d'apprendre la langue des signes, si possible sans les sourds s'il vous plait, sinon ça devient indécent!

Bon, en conclusion, je ne suis pas très optimiste mais ça ne m'empêche pas de suivre ma route. Chez nous on tente d'organiser une classe bilingue (enseignement en LSF, je précise parce que ce n'est pas évident pour tout le monde manifestement), on va attendre de voir ce que ça donne...mais c'est pas facile, facile.

Je vais peut-être demander l'asile politique en Suède tiens!

Bon vent
Candice

Re: Conférence : L'implant cochléaire et l'avenir de la culture sourde
Envoyé par: pingo (---.193-243-81.adsl-dyn.isp.belgacom.be)
Date: ven 18 mai 2007 14:48:33

« Voir Le Soir Carte blanche »
C'était ma réaction dès la lecture de l'article, donc avant d'avoir pris connaissance de l'ouverture d'un sujet de discussion.
Je ne peux ni ne veux être pour ou contre. Je tente modestement de mieux comprendre.Par contre, je suis pour une meilleure connaissance réciproque des cultures.La méconnaissance de la communauté sourde , de sa langue et de sa culture est une réalité.
Je constate notamment que la notion de langue des signes se limite, chez de nombreux entendants, à l'exécution de signes par les mains. Alors que la langue des sourds est bien plus riche que cette vison réductrice ne le laisse penser. « Des mains pour le dire » , les gants blancs ... et d'autres expressions ou actions renforcent cette vision trop étroite.

Une expérience vécue.
Dans une même journée de 2006
je lis des articles sur la défense des dialectes, considérés comme patrimoines à protéger ; des écoles ouvrent des cours de patois local, des messes sont dites en patois, des journaux patoisant tentent de paraître ...
Je lis les remarques de sourds exprimant la crainte que la langue officielle nuise à la vie des dialectes, contestant même des choix de la langue officielle.
Je rencontre un ami qui me parle d'une académie du patois récemment créée et dont il est membre fondateur. Il s'agit en l'occurrence du patois de Frameries que Joseph Dufranes, auteur patoisant , a rendu célèbre par ses écrits et surtout par une chanson aussi connue que la Brabançonne ou la Marseillaise : « en c'est né co Frameries » (Cela ne vaut pas Frameries)
Il me parle surtout du prochain cabaret wallon que le groupe prépare.
Nous prenons contact avec le président pour préparer le partage du spectacle, donc des patois entre sourds et entendants.
Le jour du spectacle, 20 sourds sont présents dans la salle, à des places réservées devant l'interprète, une interprète locale qui connaît parfaitement la langue des sourds locale. Fille de parents sourds, elle a appris la langue par la méthode sans doute la plus efficace : l'immersion. Plus qu'en simple traductrice, elle se comporte en véritable actrice. Les quelques centaines de spectateurs entendants la perçoivent comme telle et intègrent le fait que la langue des sourds est bien plus qu'un jeu de mains. Informés de la façon d'applaudir chez les sourds, les spectateurs debout agitent les mains levées avec des mimiques et des gestes complémentaires pour manifester leur admiration.

2007.
L'expérience est reconduite, avec le même bonheur.
Elle n'a coûté que l'installation d'un éclairage supplémentaire pour l'interprète.
Où et à quand d'autres tentatives ?

2008.
J'ose espérer que l'idée que je propose soit admise et mise en oeuvre : la participation de sourds au spectacle. Il ne manque pas d'anecdotes ou d'histoires savoureuses à mimer comme savent faire les sourds. J'ai pu voir, lors des réunions mensuelles des sourds à Ghlin, des enfants sourds, véritables virtuoses, qui feraient un triomphe s'ils pouvaient se manifester sur la scène. Des comédiens entendants joueraient les interprètes en patois parlé. Si possible, des élèves de cours de langue de signes pourraient participer.
J'espère d'autre part que des aveugles seront invités à leur tour.

Un partage des cultures où chaque culture est restée elle-même.

Alfred Brunel

Re: Conférence : L'implant cochléaire et l'avenir de la culture sourde
Envoyé par: exoseth (---.35-240-81.adsl-dyn.isp.belgacom.be)
Date: mer 23 mai 2007 14:42:54

salut Candice

J'espère que j'aurai un jour l'occasion de te rencontrer dans le monde réel... avant que tu t'en ailles en Suède (ou que moi je m'en aille là-bas... ou je ne sais où mais loin d'ici...)





...
pour l'optimisme... il faut être capable de voir ce que les hommes font dans le sens du "bon sens" (à qui sait sentir)...
Il y a des tas de choses qui s'améliorent progressivement, autant dans les faits que dans les mentalités...
Le pessimisme apparaît en rapport à nos espoirs, à nos déceptions et à nos attentes... Il est préférable de ne rien attendre, mais de créer... il est préférable de ne pas trop regarder les batons qu'on nous met dans les roues, mais plutôt de continuer à faire ce qu'il faut faire, dans le sens du "bon sens" (à qui sait sentir), sur un chemin qui ne peut être que le chemin du coeur...

La providence, le destin ou le hasard (selon nos croyances et nos concepts) nous ont placé chacun d'entre nous dans un monde qui ne comprend plus grand chose au "chemin du coeur"...
On aurait pu naître en Suède, le Ciel ainsi nous aurait offert la situation la meilleure pour que nos enfants sourds vivent bien, s'épanouissent et se développent comme n'importe quel enfant...
Au lieu de ca, on est là, et mis à part de se plaindre, on ne fait pas grand chose pour améliorer le sort des Sourds Européens...

Franchement, ne nous plaignons pas car si cette situation est aussi contraignante et suffocante, c'est parce que nous l'avons bien voulu : nous ne faisons pas grand chose pour grandir ensemble, pour combattre ensemble... et retrouver nos droits fondamentaux...

Je ne te vise pas Candice, j'écris cela d'une façon impersonnelle...


Il y a de nouvelles données à l'heure actuelle... sur les actions des "médecins implanteurs"... qui semblent vouloir imposer leur vision au monde à présent.
Et je ne veux même pas en parler tellement c'est... enfin bref.

Au lieu d'hurler une fois de plus contre l'ignorance des hommes de science... contre leur profonde stupidité et leur orgueil plus haut que des tours...
...je me bornerai une fois de plus d'écrire dans le vide que c'est maintenant que nous devons oeuvrer dans la cohésion, que nous devons nous unir et agir ensemble...
C'est maintenant, tout de suite, que nous devons prendre des décisions, nous engager... comprendre en action...
Etre même capable d'abandonner une certaine part de notre confort et de nos habitudes... pour ceux qui le peuvent...
C'est maintenant, pas demain, que nous devons accepter de prendre nos responsabilités... de les voir en face et de les assumer...



C'est maintenant... pas demain...


Ca sonne comme un message dans une bouteille jetée à la mer...

où l'écho ramène ma voix
le silence m'accompagne

à défaut d'autre chose

Re: Conférence : L'implant cochléaire et l'avenir de la culture sourde
Envoyé par: Arnaud B. (---.15-64-87.adsl-dyn.isp.belgacom.be)
Date: jeu 24 mai 2007 00:48:02

:-) Candice, j'adore ton franc-parler!

Que dirais-je encore? j'en ai un peu assez d'écrire en vain, après des posts essayant de dédramatiser la surdité auprès des parents qui décident quand même d'implanter leurs bébés sourds....
D'où le peu d'interventions de ma part sur le sujet sur l'implant...

Mais bon, quelques mots

Bof.... Je ne suis pas du tout contre ou pour l'appareil auditif car c'est une chose complètement externe et qui ne fait pas subir de lourdes contraintes socio-médicales plusieurs fois dans la vie.... Alors, forcément, je pense que l'implant déforme négativement la perception sur la surdité.

Le comble, c'est, je cite un propos de Sylviane, "Au Docteur Deggouj j’avais envie de dire :
Merci pour vos explications, vous avez confirmé qu’un enfant sourd restera toujours un enfant sourd quel que soit l’appareil qu’on choisira ou non pour lui. Dans ce cas, le dépistage de la surdité, comme on le conçoit aujourd’hui, devrait servir, entre autres choses mais avant tout, à donner la possibilité aux parents d' apprendre aussi vite que possible la langue naturelle de leur enfant quel que soit l’appareil auditif qu’on choisira ou non pour lui."

Fantastique mais alors, mais alors puisque le prof le dit ainsi, l'implant est donc inutile!! Bref, 25 000 euros consacrés à l'implantation chirurgicale chez les bébés et petits enfants sourds, c'est donc une arnaque médicale qui fait un trou béat dans les comptes de la sécurité sociale puisque le prof dit que l'enfant sourd, même implanté reste SOURD!!!!!!

Waouh, quelle révélation....

Pour finir,
Désolé, Exoseth mais un jour, il faudrait bien prendre parti pour ou contre une chose ou une autre car le "centrisme" ne paie pas lourd comme le prouve l'histoire de Bayrou ( pour expliquer à nos amis d'ici, c'est un mec français qui veut propser un systéme "ni droite, ni gauche" mais il a complètement raté sa campagne présidentielle!....)

Sois sûr que s'il y avait référendum sur l'implant sur les bébés ou petits enfants sourds, dans TOUTE la communauté sourde ou malentendante, le "NON" l'emporterait largement car je connais des amis sourds hautement diplômés et parfaitement "intègrés" qui sont souvent "sceptiques" sur les bienfaits de cet implant....

Je sais bien que ce n'est pas marrant, tous ces conflits mais rassure-toi, les entendants gagneront à la fin et diront qu'ils ont RAISON puisqu'ils sont MAJORITAIRES.....

Réfléchissez; 10 à 20 000 sourds profonds francophones de tout âge de 0 à 99 ans contre combien de professionnels de la santé, de l'éducation et de la politique....

On pèse lèger, lèger.......

Je devrais lire Sartre! surtout "La Nausée" !!!!!!!

Arnaud B. 8:^)

Re: Conférence : L'implant cochléaire et l'avenir de la culture sourde
Envoyé par: pingo (---.198-243-81.adsl-dyn.isp.belgacom.be)
Date: jeu 24 mai 2007 10:28:34

J'ai lu et relu la relation de son parcours personnel par Nicolas. J'ai fait appel à toute ma capacité d'empathie pour tenter de comprendre et idéalement partager. Je parviens à comprendre et à accepter, pas encore à partager.
Combien d'entendants prendront-ils connaissance du parcours de Nicolas ? Combien comprendront ? Combien accepteront ?
J'ai interrogé plusieurs entendants à propos de la carte blanche, notamment des mandataires politiques. J'ai rencontré indifférence, ignorance, incompréhension et même condamnation,
Pour convaincre le corps médical, il est sans doute utile de convaincre le public en général et les divers responsables en particulier.
La communauté sourde, sa culture, sa langue devraient se faire connaître par tous les moyens possibles.
Alfred

Re: Conférence : L'implant cochléaire et l'avenir de la culture sourde
Envoyé par: exoseth (---.248-244-81.adsl-static.isp.belgacom.be)
Date: jeu 24 mai 2007 13:03:40

C'est encore plus navrant...

Ce que veulent les "professionnels" (si j'ai bien compris, j'espère qu'on me corrigera si je dis des bêtises) ce n'est pas en premier lieu de permettre à l'enfant d'entendre correctement...

Pourtant c'est surement ce qu'ils disent aux parents...

Non... ce qu'ils veulent c'est faire en sorte que l'enfant puisse assimiler le langage oral (le centre nerveux de l'audition dans le cerveau est stimulé dès le plus jeune âge par l'implant pour permettre à terme l'oralisation)

Ensuite, lorsque la plasticité neuronale de l'enfant a pu être "formatée", l'audition et l'oralisation sont interconnectées : le centre de l'audition (dans le cerveau) a pu être stimulé et "mis en fonction"... l'enfant, même s'il restera sourd, pourra oraliser tant bien que mal (mais mieux qu'un sourd naturel... en théorie)...

Ce qui est mis sous silence, par contre, c'est que... au même âge (le plus tôt possible), c'est le centre du langage qui doit être stimulé pour l'acquisition normal du langage...

Mais, comme le disait le Dr. Drion, pendant qu'on se focalise sur l'audition et l'oralisation, la fonction du langage est totalement aspirée dans cette rééducation forcée...
C'est à cet âge que l'enfant devrait assimiler la langue des signes, car c'est évidemment à cet âge qu'il est le plus réceptif puisque son langage n'est pas encore formé...

Dans les années qui viendront, l'enfant devenu adolescent se rendra compte qu'il aurait du assimiler EN PREMIER LIEU la langue des signes plutot qu'autre chose... pourquoi ? Parce que c'est seulement à travers la langue des signes qu'un sourd peut s'exprimer correctement et en profondeur, et c'est seulement à travers elle qu'il peut s'épanouir, c'est seulement avec la LS qu'il peut entretenir des liens sociaux avec ses semblables, qu'il peut être enseigné et enseigner, évoluer intellectuellement tout en respectant son identité.
Bien sur, il aura besoin du francais écrit, etc. Mais tout cela vient en second.

Soyez logique : puisqu'un sourd reste un sourd (selon N. Deggouj), et cela, peu importe qu'il soit implanté, appareillé ou resté naturel... alors permettons lui d'assimiler EN PREMIER LIEU sa langue naturelle, la langue des signes.



C'est comme si les ORL s'accaparaient le cerveau droit de l'enfant (l'audition et l'oralisation) et que les sourds revendiquaient la propriété du cerveau gauche comme leur identité légitime (la langue des signes)...

Et les parents au milieu, n'arrivant pas à accepter qu'ils sont un peu le dindon de la farce : que personne ne les a correctement informés...

Et moi je devrais prendre part à ce cirque en étant "pour" ou "contre" l'implant ?
Un enfant reste un enfant : laissez-lui son cerveau... c'est SA PROPRIETE...
Ni celle des parents, ni celle des sourds, et encore moins celle des "professionnels"...


Peut-on trouver un juste milieu (et non pas un centrisme hypocrite) ?
Je pense que nous n'avons pas le choix : nous devons trouver un point d'équilibre... et il en existe un... c'est une certitude logique...


C'est une erreur de penser que vous "pesez léger"...
Ce n'est pas vrai.
Si vous êtes capables de créer une force, unifiée et solide... votre poids sera de plus en plus lourd... et chacun de vos pas résonneront de plus en plus fort.
Voyant votre unité, certains spécialistes se joindront à vous (cf. "Un collectif signataire s'adresse aux politiques" : [sentendre.blogspot.com])
Lorsque les autres personnes dites "handicapées" verront le mouvement produit par l'unification des sourds du monde entier, toutes ces personnes (aveugles, handicapées moteur, trisomique, etc.)... toutes ces personnes viendront renforcer votre unité...
Etant donné cette cohésion et la valeur pure qui s'en dégage, beaucoup de gens issus de "la majorité" (entendants, voyants, etc) se joindront également, étant de plus en plus sensibles et informés quant à la situation actuelle...

C'est ce qu'on appelle un effet boule de neige...
Vous pouvez bien dire que "exoseth est un rêveur"... mais prenez conscience de ceci : si vous y croyez, si vous vous investissez dans un objectif précis, les résultats viendront immédiatement...
Si vous prenez courage et que vous maintenez l'effort dans la durée... les forces de l'extérieures viendront renforcées vos forces de l'intérieur...

Mais la force doit venir en dedans de chacun d'entre nous...


Alors si vous dites "nous pesons léger", c'est parce que vous n'avez rien fait pour unifier le monde sourd...

A qui la faute ?

Vous attendez quoi ? Qu'on le fasse à votre place ?

Ne pensez pas que vous ne pouvez rien faire... c'est justement ce qu'ils veulent vous faire croire en vous otant toutes les possibilités d'épanouissement...



Votre liberté est une décision que vous pouvez prendre... MAINTENANT !!!

Re: Conférence : L'implant cochléaire et l'avenir de la culture sourde
Envoyé par: Marie-Florence (---.upc.chello.be)
Date: jeu 24 mai 2007 20:45:24

Mais enfin c'est énervant de voir autant de sourds se battre contre l'implant alors qu'il apporte l'oralisation et par conséquent un peu moins de solitude dans l'impitoyable monde entendant et que de toute façon il est prouvé que sans langue des signes les enfants implantés sont perdus identitairement et au niveau de leur scolarité. Combien de sourds n'osent pas s'avouer qu'ils aimeraient tant pouvoir parler ?! J'en ai rencontré quand meme beaucoup dans ma courte vie et assez pour savoir qu'en confidence, en situation intime, ils sont nombreux à le vouloir ! Publiquement évidemment ils n'oseraient jamais l'avouer tellement la pression est grande. (je ne dis pas que tous aimeraient pouvoir parler, mais juste qu'il faudrait etre un peu plus fin et moins extrémiste parfois.) quant aux échecs sur l'implant je crois que ce n'est plus tellement la peine d'en parler puisque de toute façon si on compare les échecs (oralisation) de l'appareil auditif avec ceux de l'implant on s'y perd dans les arguments.

Une fois qu'on a compris ça c'est bon, ça ne sert à rien de remuer terre et ciel contre l'implant ! Bientot il deviendra aussi classique que l'appareil auditif, et d'ailleurs des pays plus évolués que nous comme la Suède ou la Finlande l'ont bien compris et eux ils dépensent leurs énergies à mettre en place des structures pour la LS. Pourquoi n'y a t-il presque jamais de débat à ce sujet ? Sur la naissance de ces structures ? Pourquoi n'ose-t-on pas critiquer le CFLS qui n'en est qu'à son 6e lexique minuscule après tant d'années ? Pourquoi passe-t-on sous couvert l'éventuel échec de la reconnaissance officielle de la LS ? Ca fait beaucoup de lâcheté finalement.

Je ne suis pas sure que je me rendrai encore à la prochaine conférence pour l'implant car ce genre de conférence est de plus en plus fait pour les sourds qui ne comprennent rien à l'inoffensivité de l'implant au niveau social, communauté sourde etc... tant qu'on valorise la langue des signes. Maintenant ce sont les parents qu'il faut informer ainsi que divers professionnels de la surdité. LS et c'est tout ! Laissez un peu tranquille l'implant pour un moment, vous gaspillez votre temps.

Désolée ce n'est pas dans mes habitudes d'être dure ou seche mais là je commence à en avoir ras le bol. En plus on est toujours les mêmes sourds, ou presque à débattre dans ce forum !

Re: Conférence : L'implant cochléaire et l'avenir de la culture sourde
Envoyé par: Candice (---.w86-195.abo.wanadoo.fr)
Date: jeu 24 mai 2007 23:28:44

Bonsoir Arnaud,
la conjoncture française actuelle me fait craindre le pire, je suis sur le sprint final de ma thèse qui me prend bien la tête, c'est pourquoi je me "lache" un peu en ce moment.
Au fait Bayrou ne s'en est pas mal tiré pour les présidentielles, c'est pour les législatives que ça craint pour lui puisque ses copains le quittent pour "Monsieur le président"

Exoseth,
la latéralisation cérébrale est la même chez un entendant et chez un Sourd (qui signe depuis l'enfance) ou un enfant entendant de parents sourds signants.
La LS est à gauche, comme toutes les langues vocales structurées. Les recherches en neurolinguistiques confirment bien la nature linguistique (et non code rudimentaire) de la LS.
Ce qui compte pour le développement de cette "grammaticalisation cérébrale", c'est l'exposition précoce (Avant 4 ans environ)à un système linguistique structuré.
En cela les ORL qui proposent l'implant sont dans le vrai. L'implant, quand il est efficace, permet l'acquisition de la langue vocale et ce développement cognitif. L'ennui c'est que, et je cite Virole (professionnel favorable à l'implantation) "l’on ignore encore précisément par quels processus les flux acoustiques sont catégorisés en structures phonologiques. L’audiophonologie est donc fondamentalement un empirisme clinique. Autrement dit, dans certains cas, cela marche, dans d’autres cas, cela ne marche pas sans que l’on comprenne vraiment pourquoi. C’est pourquoi on ne peut considérer ce modèle comme scientifique au sens propre"
Bref, dans certains cas ça ne marche pas et dans ces cas, si l'enfant ne s'est vu proposer aucune langue, la latéralisation cérébrale est compromise et donc l'acquisition d'une langue plus périlleuse. C'est aussi pourquoi B. Virole propose d'associer LS et implant.
C'est l'attitude adoptée par les Suédois d'ailleurs, mais depuis, finalement, ils implantent moins.

Au fait, je vous conseille un bouquin écrit par Chantal Lavigne "Handicap et parentalité, La surdité, le handicap mental et le pangolin". L'auteur est psychologue clinicienne et psycho-sociologue et elle etudie les représentations du handicap.

Exoseth, on ne peut pas être plus royaliste que le roi ! ou plus sourd que les sourds quoi !

À bientôt
Candice

Re: Conférence : L'implant cochléaire et l'avenir de la culture sourde
Envoyé par: exoseth (---.248-244-81.adsl-static.isp.belgacom.be)
Date: sam 26 mai 2007 16:20:57

Je suis d'accord avec toi Marie-Florence...

Mais je pense que tu sépares les choses...

C'est vrai que si on valorise la Langue des Signes, l'implant prend moins d'importance et suscite surement moins de passions...
Le problème (s'il y en a un) c'est qu'en Europe on ne peut pas parler de "valorisation de la Langue des Signes"... mais plutôt de son contraire... (dans les faits je veux dire, dans l'application)...

Puisqu'il n'y a pas de place faite à la Langue des Signes, l'implant focalise l'attention, et il y a sûrement de quoi, puisqu'il devient une source de déséquilibre, de confusion et d'exclusion...
Sans la Langue des Signes, sans une mise en place ouverte à tous, l'implant devient une véritable problématique... parce qu'il est imposé sans discernement... parce qu'il fait pencher la balance et produit une dysharmonie profonde dans l'intégrité de l'identité de la personne sourde, de sa culture et de sa communauté...


Une fois de plus, je ne pense pas qu'il y ait quelqu'un pour "se battre contre" quelque chose qu'on appelle "implant"...
Cela pourrait être n'importe quoi d'autre, en vérité...
L'objet de polémique n'est pas l'implant, mais l'imposition d'un déséquilibre, l'imposition d'une source de confusion, l'imposition massive de ce qui risque à long terme de déforcer l'intégrité de l'identité sourde... l'imposition d'une vision réparatrice qui ne comprend rien et ne respecte pas la personne sourde...

Que les sourds souhaitent l'oralisation par soucis d'intégration : ca ne concerne que la personne, c'est une décision individuelle, et ca ne devrait poser aucun problème... et c'est à mon avis un autre sujet... pourquoi ?
Parce que si cette "intégration" était faite convenablement, respectueusement, si on proposait des accès à l'oralisation AUTANT que des accès à la langue des signes... il n'y aurait pas de déséquilibre... ou nettement moins... il n'y aurait pas tant de passions et surement de colère...

Le modèle officiel veut forcer "ceci" et déforcer "cela" à coup de budget et à coup de déni ( : sans rien demander aux personnes concernées et sans tenir compte des informations reçues...) ... parce qu'il y a derrière tout ca des intérêts et des priorités placés ailleurs que dans la volonté de faire ce qu'il faut faire pour le bien-être de tous... (y compris des enfants sourds que des parents entendants)


Regardons les choses en face : les "professionnels" veulent vous faire "oraliser" et "entendre"... sans doute pour que vous ayez quelque chose à dire...
Mais au moment de prendre des décisions vous concernant, on ne fait pas appel à vous... et si vous êtes présents dans des réunions (du style "Commission Consultative")... ON NE VOUS ECOUTERA PAS... bien que vous ayez la possibilité de vous faire entendre, ce sont eux qui font véritablement les sourds...

Donc il y n'y a pas de consultation, il n'y a pas débat, il y a juste l'imposition de quelque chose qui se révèle être une source de déséquilibre pour tout le monde (même pour les parents entendants)...



Alors oui, il y a des gens qui sont un peu énervés, plein d'émotion... et surement épuisés de se battre contre des moulins à vents...
Il y a des gens qui se bougent JOUR ET NUIT, qui travaille d'arrache pied, qui sont peut-être même prets à tout perdre pour que la justice (l'équilibre) soit rétablit...
J'en ai rencontré...

Il y a même des gens (j'en connais) qui sont morts pour cette cause...




Chacun est libre de voir ou de ne pas voir...
...





...

Re: Conférence : L'implant cochléaire et l'avenir de la culture sourde
Envoyé par: Marie-Florence (---.upc.chello.be)
Date: dim 27 mai 2007 14:49:53

Je t'ai bien lu exoseth. J'ai apprécié le commentaire que tu as fait car c'est tout à fait vrai. C'est le déséquilibre qui est en question avant tout, c'est ce que je pense depuis un bon moment, sans avoir dit le mot.

Maintenant ça m'épuise que ceux qui se battent avec acharnement ne sachent pas que ce n'est pas l'implant lui meme le problème, c'est ce déséquilibre. Pour moi ne pas comprendre ça, c'est un obstacle vers une réelle avancée parce que les sourds qui s'expriment par exemple dans les débats sur l'implant etc ne font qu'argumenter pour et contre. Or argumenter pour et contre ne fait pas avancer beaucoup les choses. C'est vouloir rallier tout le monde sur le meme point de vue, or cela est totalement impossible, comme il est impossible de mettre tout le monde d'accord sur la peine de mort ou meme sur des sujets bien plus anodins comme la politesse sert-elle a à quelque chose, faut-il être hypocrite ou non... C'est du jugement humain, toujours contradictoire.

Parler de déséquilibre est donc une façon de cerner le problème plus globalement et d'agir au niveau de l'équilibre plutot qu'en faveur d'un seul coté de la balance.

Re: Conférence : L'implant cochléaire et l'avenir de la culture sourde
Envoyé par: pingo (---.113-201-80.adsl-dyn.isp.belgacom.be)
Date: dim 27 mai 2007 16:29:03

"Pourquoi n'ose-t-on pas critiquer le CFLS qui n'en est qu'à son 6e lexique minuscule après tant d'années ? Pourquoi passe-t-on sous couvert l'éventuel échec de la reconnaissance officielle de la LS ? Ca fait beaucoup de lâcheté finalement."

A l'occasion de travaux, le CFLS vient de mettre en ligne deux documents vidéos d'information et de publicité.

Pourquoi pas alors le vocabulaire en vidéo ? N'est-ce pas plus rapide et moins coûteux que les dessins ? Un abonnement pourrait être prévu, avec éventuellement un supplément pour des mises à jour. Les nouveautés seraient mises ou remises en question dès leur publication. Des solutions heureuses pourraient naître de ces discussions, quelles que âpres pourraient-elles être ! Que de gain de temps et d'efficacité aussi dans les cours de langue des signes où les ékèves ne seraient plus astreints à des prises de notes longues et laborieuses.

Plus de photocopies faciles mais pas très honnêtes qui prive le centre d'une partie de ses revenus. La copie des vidéos est certes possible mais moins simple que la photocopie.

Question naîve : pourquoi si peu d'intervention de professeurs de langue des signes sur le forum ?

Re: Conférence : L'implant cochléaire et l'avenir de la culture sourde
Envoyé par: Candice (---.w81-48.abo.wanadoo.fr)
Date: dim 27 mai 2007 22:47:18

Mourir pour une cause! Très peu pour moi...

"Mourir pour des idées, l'idée est excellente
Moi j'ai failli mourir de ne l'avoir pas eu
Car tous ceux qui l'avaient, multitude accablante
En hurlant à la mort me sont tombés dessus
Ils ont su me convaincre et ma muse insolente
Abjurant ses erreurs, se rallie à leur foi
Avec un soupçon de réserve toutefois
Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente,
D'accord, mais de mort lente

Jugeant qu'il n'y a pas péril en la demeure
Allons vers l'autre monde en flânant en chemin
Car, à forcer l'allure, il arrive qu'on meure
Pour des idées n'ayant plus cours le lendemain
Or, s'il est une chose amère, désolante
En rendant l'âme à Dieu c'est bien de constater
Qu'on a fait fausse route, qu'on s'est trompé d'idée
Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente
D'accord, mais de mort lente

Les saint jean bouche d'or qui prêchent le martyre
Le plus souvent, d'ailleurs, s'attardent ici-bas
Mourir pour des idées, c'est le cas de le dire
C'est leur raison de vivre, ils ne s'en privent pas
Dans presque tous les camps on en voit qui supplantent
Bientôt Mathusalem dans la longévité
J'en conclus qu'ils doivent se dire, en aparté
"Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente
D'accord, mais de mort lente"

Des idées réclamant le fameux sacrifice
Les sectes de tout poil en offrent des séquelles
Et la question se pose aux victimes novices
Mourir pour des idées, c'est bien beau mais lesquelles ?
Et comme toutes sont entre elles ressemblantes
Quand il les voit venir, avec leur gros drapeau
Le sage, en hésitant, tourne autour du tombeau
Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente
D'accord, mais de mort lente

Encor s'il suffisait de quelques hécatombes
Pour qu'enfin tout changeât, qu'enfin tout s'arrangeât
Depuis tant de "grands soirs" que tant de têtes tombent
Au paradis sur terre on y serait déjà
Mais l'âge d'or sans cesse est remis aux calendes
Les dieux ont toujours soif, n'en ont jamais assez
Et c'est la mort, la mort toujours recommencée
Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente
D'accord, mais de mort lente

O vous, les boutefeux, ô vous les bons apôtres
Mourez donc les premiers, nous vous cédons le pas
Mais de grâce, morbleu! laissez vivre les autres!
La vie est à peu près leur seul luxe ici bas
Car, enfin, la Camarde est assez vigilante
Elle n'a pas besoin qu'on lui tienne la faux
Plus de danse macabre autour des échafauds!
Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente
D'accord, mais de mort lente"

Brassens

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