Retour d'informations sur l'Assemblée Générale de l'EUD (European Union of the Deaf) à Copenhague.
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Retour d'informations sur l'Assemblée Générale de l'EUD (European Union of the Deaf) à Copenhague.
La FFSB s’est rendue à l’Assemblée Générale de l’EUD à Copenhague au Danemark du 17 au 20 mai 2012.
L’Assemblée Générale était accompagnée de conférences. En voici le récit.
Le jeudi 17 mai, deux grands thèmes de discussion étaient au programme pendant toute la journée.
- La Convention de l’ONU (relative aux Droits des Personnes Handicapées, ou CDPH)
- Le projet Signspeak.
1. La CDPH
L’EUD a travaillé avec l’EDF (Européan Disability Forum) pour réunir des informations autour des personnes sourdes en Europe. Il a réalisé un questionnaire qui a été envoyé à se associations/fédérations membres. Hélas, ils ont reçu peu de réponses. Un autre questionnaire était aussi destiné aux personnes sourdes et il a, lui aussi, reçu peu de réponses. L’EUD nous a donc demandé à tous pourquoi si peu de réponses. Il est finalement ressorti des discussions que le questionnaire n’était pas suffisamment clair. Il n’était pas traduit en langue des signes. Les personnes âgées se sont senties incapables d’y répondre. De plus, les personnes sourdes qui devaient y répondre ne maîtrisent pas, pour la grande majorité, la langue des signes. L’idéal est une traduction en langue des signes internationale par l’EUD et une traduction dans les langues des signes nationales. Nous espérons tous que cela pourra être fait.
2. Signspeak
Signspeak est un projet qui a démarré il y a deux ans. C’est la troisième année maintenant. Signspeak est un système qui permet à la personne sourde de produire un message écrit automatiquement à partir de la langue des signes. Les participants au séminaire se demandaient si c’était vraiment efficace. Les tests en situation se sont révélés être très concluants. (Visitez www.signspeak.eu pour en savoir plus).
3. Les Seniors
Le vendredi 18 mai, c’était une journée de conférences sur le thème des seniors sourds. On signe senior ainsi (voir vidéo). Mais attention, c’est un signe international, ici en Belgique francophone, nous n’avons pas de signe qui désigne les seniors, ou alors nous ne le connaissons pas. On peut donc le considérer comme provisoire jusqu’à ce qu’un autre signe apparaisse chez nous.
Mais qui sont exactement les seniors ? Ce sont les personnes âgées qui après leur carrière professionnelle, bénéficient d’une retraite. Elles ont souvent, à ce moment, autour de 60 ans. On ne peut pas désigner ces personnes par le terme « les vieux » car on ne passe pas immédiatement d’un âge adolescent à l’âge moyen adulte et puis tout à coup, à cette période de la vie, à un statut de « vieux ». Souvent, les personnes qui prennent leur retraite sont encore capables de faire beaucoup de choses.
On a tendance à dévaloriser les seniors en disant d’eux qu’ils sont dépassés. En pendant ou en agissant ainsi, on se trompe. Vous n’êtes pas sans savoir que la différence entre les jeunes et les plus âgés est très grande. On voit les jeunes comme étant souvent très actifs alors que les plus âgés ont un rythme plus lent. Or les seniors ne rentrent pas toujours dans ces stéréotypes. Ils souffrent souvent d’un manque d’activité, de projets de vie, une fois leur carrière professionnelle terminée. Ils ont encore souvent toute leur tête ainsi qu’une bonne santé physique. S’associer avec les jeunes n’est pas toujours facile, ils se font parfois exclure violemment, traiter de « vieux ». Et pourtant, les seniors sont une plus-value. Aujourd’hui on assiste à une tendance. D’un côté, les jeunes qui maîtrisent la langue des signes et la défendent ardemment, et de l’autre côté, les seniors qui souvent ont reçu une éducation oralistes et ont encore le souvenir des années d’interdiction de la langue des signes qui a sévi dans leurs écoles. Cela a marqué leur comportement et leur expression. Il n’est pas de bon ton de les critiquer et de les exclure à l’heure de la reconnaissance de la langue des signes que connaissent les jeunes.
Les seniors sont dépositaires d’une histoire, dont l’histoire de la culture sourde, et d’une expérience qui sont précieux. Ils peuvent aider les plus jeunes à se prendre en charge eux-mêmes et à s’émanciper.
La meilleure issue tant pour les jeunes que pour les plus âgés reste l’échange intergénérationnel.
On distingue le senior du « vieux » par l’activité. Mais quelle activité ? Les seniors peuvent encore s’investir dans différents comités associatifs, profiter de leur disponibilité. Ils peuvent ainsi se sentir utiles et être motivés. Parfois ils ont aussi la possibilité de toucher une petite rémunération.
Les seniors peuvent se former. Alors qu’ils étaient au travail, ce n’était pas toujours possible pour eux d’acquérir de nouvelles compétences ou d’aiguiser leur curiosité pour d’autres domaines. Ainsi ils peuvent notamment se former aux nouvelles technologies. Ils ont le temps devant eux pour se former, même pour des choses pour lesquelles ils ont besoin de temps. Se former à l’utilisation de systèmes de vidéo-conversation comme Oovoo est tout à fait approprié pour eux.
Les Hommes vivent de plus en plus longtemps. Cela s’explique par le fait qu’avant, le travail était plus dur et lorsqu’on prenait sa retraite, elle était vue comme un repos automatique, presque obligé par la société. Les personnes âgées, surtout lorsqu’elles étaient en moins bonne santé, avaient tendance à rester chez elles et leurs problèmes ne faisaient que s’accentuer alors qu’aujourd’hui, avec les nombreuses activités qui leur sont proposées, elles en oublient leurs soucis de santé.
On s’interroge aussi sur l’avenir des seniors sourds, ou plus exactement des jeunes sourds signants d’aujourd’hui. Où vont-ils aller lorsqu’ils entreront en maison de repos ? Si les seniors d’aujourd’hui se contentent encore de l’oralisation imposée dans les maisons de repos où ils vont, les prochains l’accepteront-ils ?
Il arrive encore que des soucis de communication apparaissent entre les jeunes et les plus âgés dus à l’utilisation de variantes de la langue des signes qui datent d’un autre âge. Cela devient même un problème parfois lorsque les plus âgés ne comprennent pas les interprètes formées à la langue des signes d’aujourd’hui. Ils préfèrent encore parfois faire appel à des membres de leur famille. Faire appel à des médiateurs pourrait être une solution. Les plus âgés ne sentent aussi souvent dépassés par les nouvelles technologies et leur accès à l’information reste difficile. Ils doivent se former ou se faire accompagner de personnes pouvant leur expliquer patiemment.
Il existe aux Pays –Bas une maison de repos et une résidence qui sont entièrement adaptés aux sourds plus âgés. C’est Gelderhorst. C’est la seule en Europe. Nous en avons déjà parlé dans le numéro 110 du Sournal dont vous pourrez consulter la version scannée.
Les seniors doivent aussi être pris en compte dans la Convention de l’ONU (CDPH). Beaucoup de choses deviennent accessibles pour les plus jeunes mais pas toujours pour les plus âgés. Ils doivent pouvoir faire part de leurs remarques.
Maintenir les seniors dans une société active est tout aussi important que leur droit à l’interprétation adaptée. Former des médiateurs intergénérationnels/interculturels est une solution qui mérite d’être retenue. Ceux-ci se chargeant de les accompagner ou de les former.
4. L’Assemblée Générale
Les 19 et 20 mai, c’était l’Assemblée Générale. Nous avons parlé de la Convention de l’ONU, sur quoi travaillent l’EUD et la WFD (Fédération Mondiale des Sourds). Ils se sont rencontrés afin de partager et d’organiser leur travail autour d’elle. C’est ce projet de coopération qui a été signé par chacune des parties. Aucun de leurs présidents n’était physiquement sur place et ils ont communiqué par visio-conférence sous les yeux de l’Assemblée Générale et signé les documents.
Le rapport d’activité 2011 de l’EUD a été présenté. Si vous souhaitez en prendre connaissance, vous pouvez le faire via le site web de l’EUD. Il est en anglais. Ce rapport sera distribué à tous les députés au sein du Parlement européen. Ainsi ils verront ce que revendiquent les personnes sourdes. On y parle de la Déclaration de Bruxelles visant à soutenir les pays demandant la reconnaissance officielle de leur langue des signes. Elle a très bien aidé deux pays qui ont ainsi pu parvenir à leurs fins. Il s’agit de l’Islande et du Portugal.
Deux stagiaires ont rejoint l’équipe en 2011 et ont effectué des enquêtes en vue de rassembler des informations. Un gros travail a été réalisé autour de la Convention de l’ONU. L’EUD a créé des groupes de travail. Un sur les moyens de communication et les technologies. Un autre sur l’accessibilité aux services. Ils ont travaillé sur l’accès au numéro d’urgence Européen, le 112. L’EUD a participé à de nombreux séminaires autour de la Convention où ils ont rencontré des personnes entendantes et d’autres personnes handicapées. L’EUD a aussi amélioré son site Internet en y incorporant davantage de vidéo en langue des signes. Le résultat est plus clair et accessible.
Le projet Members of European Parliament (MEP) consiste à poursuivre le travail entamé avec la Déclaration de Bruxelles. Ils travaillent aussi sur l’accessibilité au numéro 112. Une campagne a été réalisée auprès des membres de la Commission européenne à l’aide des Fédérations nationales afin de récolter un maximum de signatures de soutien à la « Déclaration écrite sur la nécessité de l’accessibilité des services d’urgence du 112 ». 483 signatures ont ainsi été récoltées.
Un autre projet conduit par l’EUD est celui de l’accessibilité du Centre des Visiteurs du Parlement européen, grâce à la mise en place de visioguides en langues des signes.
L’EUD a aussi collaboré avec l’EDF pour tout ce qui concerne les dossiers relevant de la surdité.
Suite à la présentation du rapport, des questions ont été posées et des remarques formulées. Il a été question du fait que lors de la procédure d’évaluation de l’application de la Convention de l’ONU dans les différents pays, ce sont souvent les parents entendants qui s’expriment et se battent au nom de leurs enfants sourds.
On a aussi discuté du fait que beaucoup d’écoles pour Sourds ferment leurs portes, faute d’inscrits. Nous étions inquiets quant à l’avenir, que vont devenir les Sourds ? Un combat doit être mené dans ce sens. Il faut questionner les enfants sourds qui sont soit en intégration, soit en enseignement spécialisé afin de récolter leur opinion et leur degré de satisfaction. Il y a d’ailleurs un colloque sur le sujet du 4 au 7 septembre 2012 aux Pays-Bas.
Des propositions ont ensuite été faites pour ce qui est des projets à venir, des statuts, du règlement. On a parlé de la reconnaissance de la langue des signes internationale. Elle est aussi importante que la reconnaissance des langues des signes nationales. Pourtant, une discussion détaillée autour du projet a finalement conduit l’EUD à le suspendre pour un an.
L’EUD a aussi réalisé un document qui défend sa position en matière d’implant cochléaire. Il y explique que les besoins de l’enfant sourd restent les mêmes, que les Sourds qui sont implantés ont tout aussi besoin de la langue des signes que les autres. On s’est aussi interrogés sur la valeur de la culture sourde pour les personnes sourdes implantées qui s’intègrent plus facilement dans le monde des entendants. Le débat reste ouvert et chacun peut se faire son opinion. L’EUD souhaite toutefois effectuer des recherches plus approfondies autour de la culture sourde.
Si vous souhaitez recueillir plus d’informations, nous vous suggérons de visiter le site de l’EUD, de regarder les vidéos.
Traduction réalisée à partir de la vidéo en langue des signes, avec la collaboration du Sournal. Vous retrouverez dans son prochain numéro des informations complémentaires.
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