La Journée Internationale des Langues des Signes 2018

La Journée Internationale des Langues des Signes vise à célébrer les langues signées à travers le monde. On en connaît plus de 180, pratiquées par les communautés de sourds et leurs proches, ainsi que par tous les professionnels qui font de l’accessibilité de ces personnes à la société leur métier. C’est le cas des interprètes en langue des signes, d’enseignants en langue des signes, d’éducateurs, d’agents d’accueil, de psychologues, d’aides pédagogiques, de traducteurs spécialisés, de chargés de communication et de bien d’autres. Or, de nos jours, aussi paradoxal que cela puisse paraître, et bien que ces langues soient vues comme étant belles et utiles pour communiquer avec les bébés par exemple, leur place sociale reste encore très restreinte et peu reconnue.

Or, la communauté sourde signante les utilise couramment, les faisant vivre, les enrichissant continuellement et les considérant comme étant indispensables au développement psychologique et académique de toute personne ayant une surdité. Et c’est probablement à raison puisque de plus en plus de recherches scientifiques démontrent les bienfaits du bilinguisme langue orale/écrite-langue des signes pour toute personne sourde, quelle que soit son type d’audition. Comme faisant partie intégrante d’une culture et garantissant l’accès à la société pour les personnes sourdes et malentendantes, les langues des signes méritent d’être reconnues, préservées et étudiées en tant que telles.

Nous leur avons donc consacré leur première journée Internationale en faisant le choix de les célébrer à Namur, qui est un centre névralgique important de la communauté sourde de la Fédération Wallonie-Bruxelles. C’est là, en effet, que se trouvent les seules classes véritablement inclusives et bilingues français-LSFB (langue des signes de Belgique francophone) de l’enseignement ordinaire en Belgique. À ce projet s’ajoutent de nombreuses associations et institutions qui sont également basées à Namur, et qui sont plus ou moins rattachées à l’Université de Namur dont le département de linguistique met un point d’honneur à développer sa connaissance des langues des signes. C’est en son sein que le premier corpus de langue des signes de Belgique francophone s’est développé en tant qu’outil inédit de documentation au service des enseignants, des formateurs, des étudiants et des interprètes, mais aussi de sauvegarde de l’héritage linguistique et culturel de la communauté sourde.

À cette occasion nous avons essentiellement mis en place un cortège dans les rues de Namur et permis la projection d’un film du réalisateur sourd Joël Chalude au cinéma Caméo. Le cortège était précédé des interventions de l’échevine de l’Égalité des Chances de la ville de Namur, Stéphanie Scailquin et des administrateurs de la Fédération Francophone des Sourds de Belgique. Ensuite, un partenariat avec l’asbl SUJE nous a permis de présenter au public, sur la place de l’Ange, un petit spectacle de théâtre monté par des enfants sourds qui s’expriment en langue des signes. Suite à ce moment particulièrement attendrissant, les quelques centaines de personnes sourdes et entendantes qui sont venues pour l’occasion, habillées de turquoise (la couleur emblématique de la communauté sourde) et de gants blancs, se sont mis en route pour le cortège, animés par un groupe de jeunes qui s’arrêtaient régulièrement pour inviter le public à faire une chantsigne. La chantsigne est une chanson en langue des signes. Nous avions aussi demandé à la troupe de percussionnistes «Magic Drums» de nous accompagner. Ils l’ont fait avec enthousiasme malgré la pluie. Le cortège s’est terminé dans une très bonne ambiance et nous nous sommes ensuite retrouvés au Cinéma Caméo pour la projection du film «Faking a living» de Joël Chalude. Ce film de 45 minutes, qui a été monté et tourné grâce à un crowfunding de 30 000 euros, est un hommage à Chaplin et aux Sourds. Cet hommage va très loin en traitant à la fois du cinéma, du cinéma muet, des sourds (de leur histoire, leur vécu intérieur, leurs difficultés de communication et d’accès à l’information), en parlant de de politique passée, de politique actuelle, et en dénonçant les travers de notre société comme Charlie Chaplin le faisait à son époque. L’hommage était aussi tout particulièrement bien choisi puisque nous savons que le talent de Charlie Chaplin lui vient en partie du fait qu’il avait un ami sourd, le peintre et acteur Granville Redmond, qui le conseillait dans son jeu d’acteur muet. La projection du film a été suivie d’un échange entre le public et le réalisateur et comédien Joël Chalude lui-même. Il portait sur, entre autres sujets, les moyens de mettre en place un tel courtmétrage et les capacités des sourds.

Si l’événement en lui-même était très important à nos yeux, la promotion de la Journée Internationale des Langues des Signes en Belgique francophone ne s’est pas limitée à celui-ci. En 2017 et 2018, nous avons, au travers d’un autre projet d’éducation permanente intitulé «Ça CLAQue, la sensibilisation qu’on entend!», permis à des jeunes sourds utilisant une langue des signes, de réaliser deux spots de sensibilisation, destinés à être diffusés sur les réseaux sociaux, d’abord, et puis sur les chaînes publiques que sont la RTBF et les télévisions locales. L’un de ces deux spots publicitaires a été dédié à la promotion de la Journée Internationale des Langues des Signes. Il a été diffusé simultanément sur les trois chaînes de la RTBF et l’ensemble des télévisions locales francophones du 17 au 23 septembre 2018. Vous pouvez découvrir ce projet ici : www.ffsb.be/ca-claque

Album photo :

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